JALOUSE n°1 de 1997 / Page 32 / 33
TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009
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page 1 chez moi n laure. Nce domicile cote laurence côte, haut, bas, fragile, les voleurs, entrouvre la porte de son univers tamisé, bric-à-brac de souvenirs, mélange d'influences, où l'enfance n'est jamais bien loin. C'est chez elle, c'est comme ça. Son cocon encensé d'orient est emboîté tout là-haut, au milieu des falaises d'immeubles d'un belleville en voie de disparition. A perte de vue, paris est là, enveloppée dans un manteau qui lui glis- se à tout moment des épaules, portant l'ombre des grands nuages que le vent chasse d'un coin à l'autre du ciel. L'après-midi a l'élégance d'être ensoleillée. Le silence qui règne ici est un grand silence de province. Le temps est aboli, tout coule tranquille. Le gros chat henri, qui se chauffe dans une flaque de soleil, ne se soucie de rien d'autre que de ne rien faire. On imagine des persiennes accrochées aux fenêtres comme des pages d'écriture et protégeant les lieux des ciels importuns, on imagine percevoir des odeurs d'encaustique d'une maison de campagne. La baie vitrée entrouverte sur le petit balcon laisse filtrer un léger vent du large qui fait frémir les feuilles du ficus. Sur les murs blancs, éclaboussés d'une ombre ruisselante, une immense aquarelle bucolique du début du siècle attire immédiatement l'ceil. Ni le doute, ni les visions chagrines ne semblent jamais pouvoir venir troubler la solitude pensive et sereine qui flotte ici. Rencontrer laurence côte, c'est déranger un chat niché dans sa couvée, tant son appartement s'apparente à un refuge. Dans l'entrée, l'affiche de haut, bas, fragile s'accroche jusqu'au plafond et sur la moleskine rouge, un lourd fauteuil années 50 aux formes presque surnaturelles : 'j'ai flashé dessus dans un dépôt- vente, j'ignore si c'est un meuble de théâtre, peut-être même de bordel. ' le confort s'installe. Sous la table basse translucide, des livres ouverts sur des dessins enfantins, des collages photos, une collection de polaroids, des instantanés de vie qui s'empilent. Et pêle-mêle, des vues de vacances ou de fêtes entre amis, un cliché de la fameuse petite robe orange de juliette dans les voleurs. La pudeur de laurence s'inscrit jusque dans ces petits indices, distillés çà et là. Rien n'est jamais démonstratif, simplement suggéré. Les pistes sont parfois brouillées, noyées dans le mélange. Tiens edward hopper!Et un journal intime décoré de coquillages, 32 d'étiquettes de champagne, de photos, acheté à la peintre anglaise kate halpin : 'j'adore ce mélange de matières, plastique, papier, métal. C'est assez symptomatique de notre époque. ' ici, une lan- terne égyptienne aux reflets d'or qui viennent accrocher le soleil de printemps. Là, une méga drive au pied du téléviseur. Une toile de ricardo mosner. 'je ne suis pas artiste créatrice d'objets, contrai- rement à mon grand-père qui a été grand prix de rome, ma façon à moi de m'exprimer, c'est d'acheter ces toiles, ces sculptures, je crois que j'aurais pu être galeriste. ' pas un meuble, un objet qui ne vienne prendre la place des autres. Rien d'essentiel ici, c'est un hymne au détail. Un grand bazar à l'orientale empli de souvenirs rapportés de voyages en inde, en uruguay (où elle vient de tourner transatlantique de christine laurent), à rome. L'appartement est un de ces lieux où l'on ne trouve rien de ce que l'on cherche, mais où l'on y enfouit bien des chez elle, rien n'est jamais démonstratif, simplement suggéré. Comme elle!Choses qu'on ne cherchait pas. Un bric-à-brac invraisemblable composé d'une multitude de breloques, 'aussi bordélique qu'organisé', une ambiance de fête foraine. 'Ça a l'air nase comme ça, mais chaque objet est posé là où il doit se trouver. ' objets indispensables puisqu'inutiles. 'j'aime ces détails insignifiants qui tout à coup créent une ambiance, une histoire, qui construisent un personnage comme parfois au cinéma. ' sur un pan de mur, la bibliothèque en bois naturel se fait étalage de brocante à l'usage des souvenirs. 'j'aime bien l'idée de mélanger les livres à une mul- titude de petits objets : de l'artisanat étranger, mais aussi des jouets, des machins de récupération. ' une statue africaine trouvée dans une poubelle côtoie le césar du meilleur espoir camouflé der- rière un éventail japonais. Un alignement de cassettes vidéo, par dizaines. Les fraises sauvages de bergman, les vacances de m. Hulot de tati, nouvelle vague de godard. Un seul film de laurence. Un gobelet en plastique décoré d'une image pieuse made in italy sermonne un robot téléguidé. Sur un baffle, faisant office de loupiote, un petit temple chinois illuminé acheté son appartement s'apparente à un refuge. Pas un meuble, un objet qui ne vienne prendre la place d'un autre. 'je n'ai pas de délire religieux, j'aime simplement son côté bazar. ' dans le petit bureau, à côté, des visages partout se télescopent. Louise brooks, boris karloff, juliette binoche. Quelques portraits de laurence, bleu azur, ce regard de tango, cette tendresse triste. Des photomatons emmêlés. Un vieil article de libé jauni. Un masque de la commedia dell'arte. Dans l'encoignure d'une porte, un panier de basket miniature dans lequel trône un ballon orange vif. Encore la robe de juliette. Des pogs qui tombent en cascade. Un petit accordéon d'enfant pous- siéreux. La collection complète du petit nicolas qui jouxte les mémoires de louise brooks et les intégrales du théâtre classique. Chez laurence, on retrouve le parfum de ces maisons de famille où l'on aime fouiner dans les tiroirs pour retrouver des traces de vie, élucider des énigmes. C'est chez elle, c'est comme ça. |
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