JALOUSE n°107 de 2008 / Page 88 / 89
TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2010
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Ph é nom è n e 86 fais pas ci, fais pas ça!-- par florence valencourt / illustration par jean-michel tixier (www. Tw) il faut fumer (sans avaler), manger (sans calories), bai. (avec capotes) : la société veut notre bien et nous le fait savoir par la loi. Et depuis qu'il est interdit d'interdire, c'est encore pire. L'état se prendrait-il pour notre papa?Attention, déresponsabilisation, piège à cons?'fais pas ci, fais pas ça, viens ici, mets toi là. Attention prends pas froid, ou sinon gare à toi. Mange ta soupe, allez, brosse toi les dents, touche pas ça, fais dodo, dis papa, dis maman. Fais pas ci fais pas ça. ' outre le succès de la série du samedi sur france télévisions, ce tube de jacques dutronc nous trotte bizarrement dans la tête en ce moment. Il faut dire qu'avec tous les interdits qui nous entourent, de plus en plus, on a l'impression, comme dans la chanson, d'être redevenus des enfants avant même d'avoir été vraiment des adultes. Quand on y pense, c'est fou le nombre de choses qu'on ne peut plus faire librement. Et ce n'est pas uniquement parce qu'on n'a plus le droit de fumer en boîte depuis quelques semaines, qu'on tourne pasionaria!Le constat est là : il existe aujourd'hui tout un dispositif légal grandissant, visant à encadrer de manière très stricte nos comportements individuels. Alors qu'auparavant, notre façon de fumer, manger, boire, relevait le plus généralement de régulations sociales telles que la morale ou les règles de politesse, aujourd'hui elle est de plus en plus, sans qu'on en voie les limites, du ressort de la loi. Attention, pas question de jouer aux réac' et de louer le bonheur pastel de la société des années 50, ni même de réduire à néant les efforts louables des pouvoirs publics pour améliorer la santé et le bien-être de tous, en fustigeant n'importe comment les mesures prises. Il s'agit juste de vérifier que le mieux n'est pas l'ennemi du bien, que ces lois ne nous conduisent pas à des hypocrisies et des impasses plus grandes, et surtout de comprendre les implications et les éventuels dangers de ce phénomène. Fumer dans la rue, mission impossible?Tout d'abord, comment se fait-il qu'on soit passé de la morale au pénal?Ruwen ogien, directeur de recherches au cnrs, spécialiste des questions de philosophie morale et des sciences sociales, l'analyse très clairement : 'toutes sortes de conduites qu'on pourrait voir comme des torts qu'on se cause librement à soi-même (se saouler, manger trop gras. ) sont, de plus en plus souvent, perçues comme des torts qu'on cause aux autres'. Il y a donc un glissement du rapport à soi-même au rapport aux autres. Partant, le tour de force de notre société est donc d'avoir réussi à faire passer la pilule en évitant tout paternalisme. 'au lieu de dire `ce n'est pas bien pour vous', on joue au citoyen démocrate qui se soucie du bien commun en disant `vous causez un tort aux autres''. Très fort!Et très vrai, la plupart du temps. Mais, si l'on analyse les faits, un tel raisonnement, donc des règles édictées en ce sens, peuvent parfois conduire à des aberrations. Concrètement, qu'est-ce que cela donne?Voyons donc les choses au cas par cas. Si l'on reprend la nouvelle loi sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics, on trouvera peu de gens, même parmi les fumeurs, pour en dire du mal. De toute façon, les chiffres parlent d'eux-mêmes : dans tous les pays où cette loi a été mise en place avant la france, le nombre de cas de cancers et autres maladies respiratoires a singulièrement baissé. Ainsi l'écosse (dans un communiqué daté du 10 septembre 2007) vient d'enregistrer, dans neuf de ses hôpitaux et un an après la mise en place de l'interdiction, une baisse de 17 du nombre d'admissions pour attaques cardiaques. On ne peut que s'en féliciter. Pour autant, des questions surgissent. Lionel bensemoun, responsable de clubs (le baron, le paris paris, le showcase), s'interroge : 'impossible de mettre des fumoirs dans mes établissements actuels. Du coup, si tout le monde se retrouve dehors pour fumer, j'ai peur d'avoir de plus en plus de mal à gérer les nuisances sonores avec le voisinage'. Sans compter tous les privilégiés qui voudront en griller une en douce. Par ailleurs, outre les fumoirs, on pourra. |
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