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Jalouse n°107 - 2008 - Page 90 / 91

JALOUSE n°107 de 2008 / Page 90 / 91

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2010

Ph é nom è n e 88 au canada (wolfville), on ne peut plus fumer dans sa voiture si un enfant est à bord.

On comprend bien l'idée mais est-il vraiment nécessaire de légiférer pour tous les cas?Et que se passera-t-il si, alors qu'on grille une cigarette dans la rue, un enfant vient à passer à moins de cent mètres.

On lâche les chiens?Encore fumer sur les terrasses non fermées des bars et restaurants.

Les cafetiers s'équipent donc à tour de bras en radiateurs extérieurs.

Sans se soucier des économies d'énergie!Pire, cette interdiction ne semble être qu'une étape vers toujours plus de radicalisation.

à vérone, en italie, on ne peut plus fumer dans les jardins publics au nom de la protection des enfants ; et au canada (wolfville), on ne peut plus fumer dans sa voiture si un enfant est à bord.

On comprend bien l'idée mais est-il vraiment nécessaire de légiférer pour tous les cas?Et que se passera-t-il si, alors qu'on grille une cigarette dans la rue, un enfant vient à passer à moins de cent mètres.

On lâche les chiens?Pour ce qui est de l'alcool, on a bien intériorisé le danger que la surconsommation pouvait entraîner pour nous et pour autrui dès lors qu'on était dans un lieu public.

Cela n'est pas à remettre en question.

On pourra juste se demander quelle est la logique de toutes ces interdictions quand, dans le même temps, et de l'aveu même d'un responsable dans une grande entreprise d'alcool, il n'y a jamais eu autant de soirées étudiantes sponsorisées par des marques de boissons alcoolisées avec un prix au verre dérisoire?De la même manière faut-il sur-verbaliser quelqu'un en état d'ébriété à vélo : car s'il peut représenter un danger, n'est-ce pas un moindre mal qu'il rentre à vélo seul qu'à plusieurs en voiture?On est proche de la limite de l'arbitraire judiciaire.

Manger sain pour vivre moins?Pour ce qui est du rapport à la nourriture, on touche, là, à la réelle hypocrisie.

Si tout le monde s'accorde à dire qu'il est urgent de lutter contre l'obésité et les troubles alimentaires comme l'anorexie et la boulimie, hors ces pathologies, c'est le règne de la fausseté.

Souvenons-nous de la polémique de l'année dernière sur la maigreur des mannequins.

Quand tout le monde criait au scandale et jurait par tous les saints qu'il n'emploierait jamais un mannequin anorexique, il n'y avait que de rarissimes créateurs stars intouchables pour avouer (à demi-mot) ce que tout le monde sait : un mannequin maigre porte mieux le vêtement.

Sans encourager l'anorexie des tops, bien au contraire, dans ces conditions, légiférer comme en angleterre ou en italie sert-il à autre chose qu'à se donner bonne conscience?De manière plus frivole, aujourd'hui, c'est tout juste si on n'est pas un obèse en puissance quand on commande un dessert au restaurant (sans parler du cas limite d'un déjeuner entre rédactrices de mode)!Et alors qu'on nous encourage à la tolérance, rappelons un drame de la discrimination : le remplacement de groquik (gros, évidemment) par ce débile de lapin sur les paquets de chocolat en poudre!Plus sérieusement, si la prise en considération des problèmes alimentaires est de la plus haute importance, j m tixier / www.

Tw en faire une affaire d'état, littéralement, peut avoir des effets très négatifs.

Ainsi, à perdre toute notion de plaisir dans notre rapport à la nourriture, on en vient à se nourrir plus avec notre tête qu'avec notre corps et à se créer une toute nouvelle névrose occidentale : l'orthorexie, qui est la volonté de manger sain, poussée jusqu'à l'obsession.

Pollueurs payeurs!Venons-en enfin au cheval de bataille du moment : l'écologie.

Comme la prise de conscience est récente, la législation est encore balbutiante.

On est dans un cas limite car davantage dans le domaine de l'incitatif que du coercitif ; pourtant, on observe déjà des comportements troubles.

Si rien ne nous oblige encore à rouler en prius (toyota), c'est le dernier chic pour qui voudrait ressembler à leonardo dicaprio.

Or, si les voitures hybrides ont la cote, il s'avère qu'elles ne sont pas nécessairement les moins polluantes!C'est ce qu'a prouvé un test fait par auto journal récemment.

Comparant sur le même parcours paris-deauville deux hybrides, la toyota prius et la honda civic, à la citroën c4 diesel à filtre à particules, les chiffres prouvent que la c4 est moins chère et moins polluante (5,2 litres aux 100 km contre 6,4 litres pour la civic et 6,7 litres pour la prius).

Cela dit, mieux vaut tout de même acheter une prius qu'un 4x4!Mais, le réel préalable serait d'en finir une bonne fois pour toute avec l'hypocrisie qui consiste à limiter et contrôler de manière très stricte la vitesse, quand la pub nous vante encore, même de manière détournée, la puissance du dernier modèle à plus de 150 chevaux.

Dernier avatar de la bonne conscience écolo : la compensation carbone.

Comme son nom l'indique, il s'agit, pour qui aurait pris l'avion par exemple (donc émis trop de co2) , de se racheter une conduite en faisant un chèque pour soutenir un projet vert dans le monde.

On voit tout de suite quelles peuvent en être les dérives.

Tous dans la norme on pourrait encore multiplier les exemples mais l'essentiel est dit car, encore une fois, il ne s'agit pas de jouer les cassandre mais de pointer les dysfonctionnements du tout droit.

Or, au-delà du cas par cas, cette explosion du droit pénal révèle bien des dangers plus profonds, à la fois pour l'individu et pour le citoyen que nous sommes.

Comme le démontre parfaitement marcela iacub, chercheuse au cnrs spécialisée en droit, 'on veut créer une `morale commune', en oubliant que l'un des signes d'une démocratie solide est précisément la séparation claire et précise de ces deux instances du droit et de la morale (.

Lorsqu'on transforme la morale en droit, on démoralise la société'.

Car tout ce dispositif légal autour de l'interdit dessine en fin de compte, en creux, une norme à respecter.

Il faut être compétitif, sain, positif, performant.

Un idéal par nature impossible à atteindre et générateur de frustration.

Habitué à être déresponsabilisé, l'individu n'aura pas les moyens psychologiques de gérer cette tension et s'en remettra donc souvent au pouvoir du coach, nouveau gourou de notre civilisation.

De la même manière, ce phénomène peut aussi largement expliquer la 'trashisation' actuelle de la société (cf.

L'article rehab' in jalouse d'octobre 2007).

Condamnés volontaires à cette norme de perfection, nous éprouvons alors une sorte de fascination malsaine pour tous les comportements déviants.

Si amy winehouse et pete doherty nous séduisent dans leur rébellion, leur déchéance nous conforte en fait dans notre conformisme.

Et notre respect de la loi.

Pire encore, à ne plus s'autoriser de 'pétages de plombs' réguliers et salutaires, on s'expose à de vrais excès (drogues dures, binge-drinking.

) et à des accès de violence pure.

Retour à l'état de nature?Peut-être, car de manière plus insidieuse encore, ce cadre si amy winehouse et pete doherty nous séduisent dans leur rébellion, leur déchéance nous conforte en fait dans notre conformisme.

Et notre respect de la loi.

Légal devient aussi un réel conditionnement pour le citoyen.

Les anecdotes sur les délires procéduriers, comme ces obèses attaquant les fast-foods, ou incroyable, cet évadé accusant la police, pour deux orteils gelés, de ne pas l'avoir retrouvé assez vite (!), peuvent prêter à plaisanterie mais sont extrêmement révélatrices.

Le citoyen, ayant bien intégré qu'il n'était pas responsable, voudra donc chercher un coupable extérieur (autre individu, entreprise, état).

Logique, mais porteur de conflits.

Cela dit, le plus grand risque, pour marcela iacub comme pour ruwen ogien, c'est qu'un 'état qui ne laisse pas la place à la morale demande aux citoyens de n'avoir que le droit, c'est-à-dire l'état lui-même, comme critère du bien et du mal'.

Le spectre du totalitarisme n'est alors pas loin.

Car, en acceptant la perte d'autonomie comme individu, comment peut-on encore prétendre exercer notre rôle de citoyen responsable, fondement même du contrat social de notre démocratie?Sans dramatiser jusqu'à l'extrême, que peut-on faire pour éviter cela?Donner une solution toute faite au problème serait du pire illogisme, puisqu'il s'agit précisément, au contraire, de réintroduire autant que possible la notion d'autonomie et de responsabilité.

On pourra donc juste recommander la plus grande vigilance quant à notre propension au conformisme et se souvenir en souriant que le tube de dutronc était sorti en 1968.

R u w e n ogien a publié deux ouvrages cette année : - l'éthique aujourd ' h u i.

Maximalistes et minimalistes, paris, gallimard, 2007.

- la liberté d 'of fe n s e r : le sexe, l 'a r t et la morale, paris, la musardine, 2007.

M a r c e l a iacub, in sauver la morale, article paru dans libération daté du 21 juin 2005.

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