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Jalouse n°107 - 2008 - Page 94 / 95

JALOUSE n°107 de 2008 / Page 94 / 95

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2010

Ça , c'est paris 92 paris réunit une belle brochette d'acteurs.

Karine viard est la boulangère pas commode.

Son personnage est lié à trois boulangères que je connais de trois quartiers différents.

Chez l'une, j'avais vu comment elle engueulait son employée maghrébine ; chez l'autre, j'avais observé la façon qu'elle avait de se maquiller et de se prendre pour une grande dame ; chez la troisième, j'avais noté un côté 'patronne faussement gentille'.

J'ai mélangé les trois.

Ce sont des figures parisiennes caricaturales mais la caricature fait partie de la vie.

Quand on est réalisateur, on a du mal à traiter les personnages caricaturaux car on se dit que ça va faire caricatural.

Peu de gens peuvent arriver à jouer ça comme karine viard.

Les autres acteurs ne pouvaient pas jouer devant elle.

Binoche, duris, éclataient de rire et ne pouvaient pas jouer car elle était trop haut.

Elle a une puissance comique.

Qu'elle dise 'bonjour', 'je vous remercie', ou qu'elle donne le prix de la baguette, on ne peut pas rester sérieux devant elle et, pourtant, ce sont des choses banales de la vie.

Et la bande des maraî hers.

C c'est un milieu masculin.

Julie ferrier joue la femme du groupe mais elle a un côté mec, elle est obligée de se mettre à leur niveau.

Gilles lellouche (francky, le poissonnier) et albert dupontel (jean, le primeur) sont des mecs très mecs, mais très différents.

L'un est plus violent, l'autre plus poète.

La volonté était de montrer des nuances là-dedans.

Il y a de la tendresse dans la profonde virilité, il y a de la poésie chez quelqu'un qui vend des bananes.

Dupontel manie bien la force et la nuance avec de l'humour.

Il est complexe et a pourtant l'air primaire.

Quant à gilles lellouche, je ne crois pas que j'aurais pu trouver quelqu'un d'autre pour jouer ça.

Il a ce truc incroyable de pouvoir jouer le mec viril obtus, qui arrive à avoir de la tendresse.

C'est troublant à quel point la testostérone prime et, en même temps, on sent bien passer l'émotion.

De la même façon que j'ai réuni romain duris et juliette binoche comme frère et soeur, j'étais ravi de mettre ensemble françois cluzet et fabrice luchini.

Ce film est un fantasme de mettre les gens ensemble.

Ils sont opposés sur le passé et le futur.

L'un est historien et s'occupe du passé de paris.

L'autre est architecte et construit les bâtiments les plus modernes de la ville.

L'un est sensible.

L'autre plus froid.

Ils appréhendent la mort de leur père différemment et les choses s'inversent ensuite.

Il y a une opposition entre eux qui les rapproche.

C'est souvent le cas, entre frères.

Ils ont des points communs et de grandes différences.

Ces différences fabriquent du rapprochement.

Et l'étudiante, jouée par mélanie laurent.

Je ne pouvais pas parler des parisiennes sans parler de l'étudiante parisienne.

Pareil que le français râleur, l'étudiante française se la raconte.

C'est une maladie française.

En france, on a un drôle de rapport à l'intelligence et à la culture.

Il n'y a pas beaucoup de pays au monde où il y a de la philosophie.

La france est un pays de philosophie.

Beaucoup plus qu'aux états-unis, par exemple.

Du coup, il existe une culture du fait de cultiver son intelligence.

C'est pour ça qu'il y a un truc prétentieux ou méprisant de la part des étudiants.

J'ai fait hypokhâgne et khâgne et, quand on fait ça, on se la raconte.

Ça part d'un constat personnel.

C'est en voyageant que je suis rendu compte qu'on était dingues.

On a un vrai complexe de supériorité.

Il y a aussi la bande des modeuses.

Oui, audrey marney, annelise hesme, farida.

Je ne pouvais pas parler de paris sans parler de la mode.

C'est hitchcock qui disait ça.

Paris est la personnification de la mode.

On fait souvent le portrait de la mode en évoquant sa superficialité, alors que, quand on connaît les gens de la mode, ce sont des gens qui sont dans la sophistication et non pas dans la superficialité.

Ce sont des gens fascinants et jamais des imbéciles.

J'avais très envie de montrer un côté 'joie de vivre' et la mode pousse à la joie de vivre.

Ok, on râle mais on a une culture du bonheur.

Les photographes français comme doisneau, cartier-bresson, sont des gens qui font le portrait du bonheur.

Même s'ils vont en banlieue, ils montrent les gens heureux de la cité.

Renoir va chercher le bonheur.

Je suis issu de cette tradition.

Je me dis ok, il y a beaucoup de trucs vaches dans la vie mais je choisis l'axe du bonheur.

En parlant de la mort dans ce film, j'ai envie de dire : la mort, ça aide à vivre.

C'est justement parce qu'on va mourir qu'on peut se dire, soyons heureux et profitons de la vie.

Dans leur côté léger, elles ont envie de vivre des moments d'exception.

C'est ça, la mode.

Essayer d'enrichir quelque chose dans le quotidien.

Et le camerounais en partance pour la france.

Je ne pouvais pas parler de paris sans parler de l'immigration.

L'histoire est inspirée d'un livre d'olivier jobard, qui retrace la vie de kingsley et le parcours de ce combattant africain pour arriver en france.

Ce chemin-là est comme la maladie de romain dans le film.

Ça donne un poids à ce qu'est paris.

On ne se rend pas compte dans quel monde on vit.

Il y a des gens qui peuvent mourir pour venir ici.

Ça dit à quel point vivre à paris est un luxe absolu.

Il y a aussi l'assistante sociale, interprétée par juliette binoche.

C'est quelqu'un d'impressionnant, comme luchini ou karine viard peuvent l'être.

Lorsqu'on les regarde travailler, c'est fascinant.

Au cinéma, il y a les bons acteurs et les gens comme elle.

Juliette binoche, c'est un tel niveau de maîtrise!Ce qui est fou, c'est qu'elle sait à quel point la maîtrise est une chose qu'on ne maîtrise pas.

Et elle se met dans un état où elle ne va pas tout maîtriser.

Elle n'a pas de limites.

Elle m'a fait comprendre ce que c'était qu'être une bonne actrice.

C'est un acte de générosité.

Donner quelque chose à un réalisateur et à un public.

Quand on donne beaucoup, c'est qu'on est un bon acteur.

Quand je vois dans quel état elle se met, je comprends qu'elle soit une star.

Ce n'est pas donné à tout le monde.

Pa r i s , de cédric klapisch, avec juliette binoche, romain duris, fabrice luchini, albert dupontel, françois cluzet, karin viard, mélanie laurent, gilles lellouche, julie ferrier.

1 2 3 4 5 6 9 1- albert dupontel, primeur primaire en recherche de métaphysique.

2 - échange fraternel entre françois cluzet et fabrice luchini.

3 - audrey marnay, farida khalfa, annelise hesme et suzanne von aichinger déboulent à rungis.

4 - mélanie laurent, l'étudiante qui se la pète.

5 - juliette binoche et romain duris, frère et soeur dans paris.

6 - karine viard, hilarante boulangère pète-sec.

7 - gilles lellouche, le poissonnier viril mais sensible.

8 - juliette binoche, une reine, selon cédric klapisch.

9 - l'humoriste julie ferrier, une femme qui en a.

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