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TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009

page 1 c' est une femme insolente, insolite, provocante, timide, goÛtant à la perversité.

Sophie calle expose au centre national de la photographie*, publie chez actes sud, 'la règle du jeu', un exercice de style littéraire inspiré par paul auster.

De quoi lui tirer le portrait.

*sophie calle exposition présentée jusqu'au 2 novembre au centre national de la photographie, 11, rue berryer, 75008 paris.

Le livre la règle du jeu est publié chez actes sud.

Chère sophie, qui êtes-vous sophie calle?Qui êtes-vous donc pour jouer comme cela avec vous-même, sans masquer votre ironie, sans vous oublier parfois au milieu de vos frasques artistiques?On ne saurait trop vous conseiller un traitement de choc, tant la terre pourrait s'arrêter de tourner.

Et vous seriez justement à l'origine du drame.

Sophie calle?On pourrait vous présenter comme photographe, actrice, réalisatrice, écrivain, oscillant sans cesse entre le refus des demi-mesures et le besoin de balancer vos délires dans un imaginaire différent de celui qui nous sert de guide.

Vous êtes là et pas vraiment.

A 45 ans, vous conservez une éternelle jeunesse dans cette façon qui n'appartient qu'à vous de bousculer ce qui vous apparaît comme trop figé.

En vraie parisienne (vous y êtes née), vous habitez malakoff.

En vraie femme, vous promenez des regards d'hommes sur la vie.

En véritable artiste, vous aspirez à couper court.

Vous n'êtes même pas sur des mondes parallèles tant vous vous délectez de prendre toutes les tangentes et les itinéraires bis.

Pour votre plus grand malheur, sophie, vous nagez dans un bonheur inégal, fait de petits tracas et de grandes envolées.

Coincée entre vous et vous, vous parvenez malgré tout à vous surprendre en flagrant délire d'imposture.

On vous remarque en 1980 à la biennale de paris pour votre goût du risque et des situations perverses.

Vous aimez travailler sur la forme, sous toutes ses formes.

Le livre, le récit, l'audiovisuel (no sex last night) et ce livre que vous nous offrez en cette rentrée post- mondial (on aurait dû vous confier la cérémonie de clôture en compagnie de footix et d'aimé jacquet) vous ressemble à plus d'un titre.

La règle du jeu donc!Un livre, ou plutôt sept petits livrets, dont le point de départ se situe dans léviathan de paul auster, un ami.

On se souvient du personnage de maria, qui vous a beaucoup emprunté, à vous età votre vie.

Alors vous est venue l'idée de prendre comme une petite revanche et d'écrire à votre tour ces sept petits livres qui seraient comme un cruel mélange de journal intime, de jeux de corrections (vous raturez très bien les passages de léviathan entre la page 84 et 93) et une façon plutôt marrante de mêler la fiction du personnage de maria et vous-même.

Vous avez été séduite par ce personnage de maria que paul auster vous a inventé en reprenant quelques instantanés de votre vie.

A tel point séduite, presque envoûtée, par cet autre vous-même que vous avez décidé de jouer avec ce personnage en l'imitant jusqu'au moindre détail.

Vous avez en somme décidé d'obéir à un livre et pardonnez-moi, mais c'est plutôt rare.

Ainsi, dans léviathan, paul auster décrit maria comme suit : 'certaines semaines, elle s'imposait ce qu'elle appelait 'le régime chromatique', se limitant à des aliments d'une seule couleur par jour.

Orange le lundi: carottes, melon, crevettes bouillies.

Vert le jeudi et ainsi de suite, jusqu'au dernier repas du dimanche inclus.

' et vous, sophie?'pour faire comme maria, durant la semaine du 8 au 14 décembre 1997, j'ai mangé orange le lundi, rouge le mardi, blanc le mercredi et vert le jeudi.

Paul auster ayant laissé quartier libre à son personnage les autres jours, j'attribue au vendredi la couleur jaune et au samedi le rose.

' voilà pour le chapitre baptisé 'l'obéissance'.

Le reste est à l'avenant.

Prétexte à un récit de souvenirs, de croquis, de petites notes de bas de pages.

Et d'anecdotes sournoises qui parcourent votre vie.

'dans le courant du mois d'avril 1981, ma mère se rendit à l'agence duluc, détectives privés.

Elle demanda qu'on me prenne en filature et réclama un compte rendu écrit de mon emploi du temps ainsi qu'une série de photographies à titre de preuves.

' pourquoi?Parce que!L'envie, l'instinct du jeu.

Comme ce jour de février 1981 où vous vous faites embaucher comme femme de chambre dans un hôtel vénitien : l'hôtel c.

Vous y notiez tous les détails de la vie de vos pensionnaires.

'ces rituels que paul auster m'a empruntés pour façonner maria sont: la suite vénitienne, la filature, le carnet d'adresses.

Léviathan m'offre l'occasion de présenter les projets artistiques dont s'est inspiré l'écrivain et que désormais nous partageons, maria et moi.

' chère sophie, ce livre est un peu votre bestiaire, votre carnet de bêtises.

Vous ne souffrez jamais de ne pas aller au bout des choses.

Vous êtes vous et une autre.

Cette douce schizophrénie m'a donné envie de vous écrire cette petite lettre.

Si paul auster savait.

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