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TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009

page 1 'j'ai pu faire des études.

A côté, je voyais mes cousines que leurs parents enlevaient de l'école à partir de la 3'.

Je n'avais pas le droit à l'erreur', se souvient virginie.

'devenir française n'impliquait pas de cesser d'être marocaine (.

C'est une chance que j'ai envie de transmettre à mes enfants', souligne nora.

Le costume marocain quand je retournais à la maison.

Je n'ai plus sup- porté ce tiraillement.

J'avais un costume de trop.

Depuis quatre ans, je ne vois plus ma famille.

' nora a accepté son nouveau rôle : 'de 17 à 28 ans, j'ai élevé mes frères, je me sentais responsable d'eux.

La position était inconfortable.

La journée, j'allais à la fac et, le reste du temps, j'étais la nouvelle mère dans la maison.

Je trouvais la situa- tion normale, puisque j'étais la plus grande.

Maintenant, je reven- dique l'idée que ce n'était pas ma place.

Pendant dix ans, j'ai oublié que j'étais une femme.

On peut parler de sacrifice.

' anissa souffre encore de cette période qui a jeté un trouble sur son identité de femme : 'certains blocages sont ancrés en moi.

Par exemple, je me sens coupable quand je plais à quelqu'un.

Je me dis que, si je refuse de le voir, je vais le faire souffrir alors que, malgré moi, je l'ai attiré.

En ce moment, je suis en pleine phase de 'refémi- nisation'.

Par exemple, en prenant des cours de danse orientale, j'ac- cepte enfin tout l'érotisme de mon corps.

' dans un autre contexte, ouarda s'est aussi retrouvée face à ce ques- tionnement : 'j'étais tellement ancrée dans la société française que je trouvais mes cousines lâches d'accepter d'être des femmes kabyles, soumises.

Ma mère m'a aussi poussée dans ce sens.

Résultat, j'ai fait un blocage sur les mecs arabes qui, selon moi, ne pouvaient pas me voir en tant que femme.

D'ailleurs je ne suis jamais sortie avec un arabe.

' la situation semble plus ambiguë pour virginie, malgré sa love story avec un non-kabyle : 'avec mes parents, c'est plutôt de l'ordre du non-dit.

Ils savent que je ne me marierai pas avec quelqu'un que je n'ai pas choisi.

Mais je ne sais pas comment faire, le clash paraît inévitable.

Je préfère ne pas y penser.

' pour toutes les quatre, entre doutes et certitudes, une question simple : comment vivre avec ce sentiment de double appartenance qui, finalement, met bien souvent en avant le décalage entre le poids des origines et la société française dans laquelle elles évoluent en tant que femme?Retour aux sources qu'il s'agisse d'anissa, de ouarda, nora ou virginie - et cela malgré leurs histoires et leurs vies respectives -, aucune d'entre elles ne peut envisager de tirer un trait sur ses origines.

Car tout n'a pas tou- jours été facile, comme le confirme ouarda : 'jusqu'à 15 ou 16 ans, j'ai détesté jusqu'à mon prénom qui, selon moi, était 'inintégrable'.

Aujourd'hui, je m'en veux un peu de m'être par moments trop franci- sée.

Le véritable déclic a été la guerre du golfe.

Pour la première fois de ma vie, je me suis sentie arabe.

J'ai mis du temps à comprendre que cette double appartenance pouvait être un atout.

Je prends maintenant des cours d'arabe et j'aimerais le parler avec mes enfants.

Au niveau de la religion, je suis toujours restée croyante dans un islam moderniste.

Pas l'islam de ceux qui prient cinq fois par jour et enferment leurs femmes.

Dans l'islam, la femme est un joyau, il ne faut pas l'oublier.

' ce regain 'd'arabité' se retrouve chez anissa, laquelle regrette de ne pas avoir pu profiter de ses deux richesses : 'maintenant, au moins, c'est moi qui choisis ce qui m'intéresse dans mes origines.

J'ai découvert la richesse de la culture arabe en allant au louvre.

Mais, si j'ai refusé de me pencher avant sur mon histoire, c'est que l'on a cherché à m'imposer certaines coutumes que je considérais comme barbares sans me les expliquer.

Je suis en plein travail de 'réarabisation'.

J'ai pris des cours de langue et j'irais bien m'instal- ler un petit moment au maroc.

Comme quand, ado, tu pars en angleterre pour apprendre la langue.

' l'equilibre entre les deux cultures pour virginie, le dilemme est moins conséquent : 'j'ai été élevée dans un environnement kabyle, je le parle et j'aimerais le transmettre à mes enfants.

Et mon prénom français n'a jamais rien changé à ce sentiment.

C'est plus simple pour trouver du boulot.

Par contre, quand des maghrébins me disent que mon prénom est une trahison, je ne peux que me sentir française.

' quant à nora, elle a gagné son principal combat: 'j'ai réussi à avoir une place dans mes deux socié- tés.

Devenir française n'impliquait pas forcément de cesser d'être marocaine.

C'était impensable.

Si tu coupes les racines à un arbre, il ne peut plus vivre.

C'est une chance que j'ai envie de transmettre.

Je me marierai avec un musulman, je parlerai arabe à mes enfants et j'aimerais qu'ils aillent à l'école française et à l'école arabe.

Ils seront élevés à la marocaine mais ça ne veut pas dire que je rede- viendrai mère à plein temps.

J'ai déjà donné dix ans de ma vie.

' toutes les quatre auraient l'impression de finalement sacrifier l'une de leurs cultures en se déclarant plus marocaines ou algériennes que françaises.

Non seulement cet équilibre leur semble nécessai- re mais elles se rejoignent aussi sur l'idée que notre cher pays ne leur fait surtout pas sentir qu'elles en sont des citoyennes à part entière.

Ouarda conclut dans un éclat de rire ironique : 'même s'il m'arrive de me présenter en tant que française à l'étranger, en france, je me sentirai toujours algérienne.

' rencontrer nora la conciliante, virginie l'inquiète, anissa la radicale ou ouarda la slalomeuse, c'est toucher du doigt une image assez éloignée des clichés multiples qui entourent ces femmes qu'on cata- logue sous le terme de beurettes.

Leurs histoires montrent aussi bien la difficulté d'être maghrébines en france que la volonté de pro- fiter de leur double culture.

Ceci en surmontant ces contradictions qui les empêcheraient de se réaliser dans ce qu'elles sont devenues, au prix de nombreuses luttes : simplement des femmes bien déci- dées à vivre leur vie.

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