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TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009

page 1 bruno frisoni insolente cambrure bruno frisoni est passe maitre de l'elegance, gloire a ce nouveau venu dans le monde de la chaussure, auquel on accorde toutes les chances.

Par fabrice paineau pénétrer le monde de la chaussure est une tâche quelque peu ardue.

Inhibé par une suprématie tout italienne, d'ailleurs non redevable en qualité et créativité, cet univers est formaté à l'image d'une géné- ration conquise par la technologie et les matières innovantes : semelles moulées en élastomère, recherches sur le spandex.

C'est un peu comme si l'on vous proposait un pc à la place d'un imac ou que ce pull en laine, un brin polyester, n'avait pas lieu d'exister en face d'un cachemire 4 fils.

Bruno frisoni, lui, a pris la tangente.

Une porte de secours vers des velléités plus coutures.

Des critiques?Bien sûr, il en a entendu : 'encore un existentialiste, un don quichotte en quête de moulins à vent'.

Juste des envies de remettre à plat - enfin, juste à 3 centimètres du sol - cette fringante idée de 'fantaisie', mère de l'individualisme question allure.

Le creuset de ses influences, c'est dans les pages de jour de france qu'il l'a trouvé.

Vous savez, juste à la fin du magazine, là où kiraz, croqueur de dames, dessinait des créatures légèrement vêtues, simplement recouvertes (mauvaise langue), des jambes de gazelles perchées sur des talons à faire pâlir d'envie manolo.

L'élégance française ou l'insolence de la parisienne, en somme.

Ce mammifère en voie de disparition est cependant mâtiné d'humour chez bruno frisoni.

Ses extravagances pour des matières décalées comme la résille, référence au panier 'filoche' pour le marché, il les a déjà frottées aux envies des couturiers pour lesquels il travaille en free-lance depuis plusieurs années.

Son background professionnel tire sur le fil d'ariane du luxe : de scherrer à lacroix en passant par trussardi et lagerfeld.

Dernière affaire en date, la collection chaus- sures été 2000 d'yves saint laurent, avec alber elbaz.

Et n'a sûre- ment pas oublié qu'il y a quelques années, roger vivier dessinait en maître d'ceuvre plusieurs collections mythiques pour le prince de l'élégance française.

Bruno frisoni vénère son travail, comme d'ailleurs nombre de ses concurrents.

Equilibre, simplicite et proportions aujourd'hui, ses premières collections prônent l'équilibre des formes et des compositions, des proportions originales pour une chaussure qui joue l'habillé et le déshabillé.

A l'image de cette mule en jean recyclé que l'on dégrafe comme les premiers instants d'une bretelle de soutien-gorge qui saute, ou la botte montée d'une cuissarde zippée que l'on déchausse pour finir en mule.

Equilibre encore, avec une énorme fleur dissimulant le devant d'une empeigne pointue en satin.

Le cendrillon des trottoirs reste cependant raisonnable.

Le mara- thon des pavés n'engendre aucun délire de talons aiguilles chez bruno frisoni.

Lorsqu'on évoque une femme en apesanteur avec cet érudit du bon goût, on la trouve dans la confrontation d'une tenue simple, jean et t-shirt, et le détail luxuriant d'un gros noeud en mous- seline rose sur une sandale ouverte.

Une inspiration très fleurie.

Quant au coup de coeur, il va droit à une série de talons recouverts d'un ruban aux rayures contrastées, allusion aux cravates de novices d'antan.

Tiens donc, il reste bien une place pour les affran- chis de l'élastomère.

Carlos puig padilla: esthete irrealiste nouveau chausseur sachant chausser, le barcelonais carlos puig padilla veut nous faire marcher.

Par mila figuet hors mode.

Carlos puig padilla voulait faire des chaussures, 'et fina- lement je fais des souliers'.

Avec son esthétique particulière, carlos tient à se distinguer.

'je veux faire le contraire des autres.

' il ne sera pas la grande pointure du moment car carlos vise la haute pointure.

Explorateur du futur?Absolument pas.

Carlos cultive l'image classique du piédestal.

Avec un accent musical aussi chavirant qu'un air de tango, il évoque sa fascination pour les grands maîtres du xxe siècle : perrugia, ferragamo, vivier, blahnik.

'rien ne vaut l'ivresse du luxe, c'est là que je prends mon pied.

' le minimalisme aseptisé?Beurk, il en a une indigestion.

Sa démarche?Périlleuse.

Pas tout à fait dans le pas de ce siècle, et pourtant carlos ne craint pas le faux-pas.

Face à un marché plutôt encombré, il souhaite marquer une nouvelle étape.

Corrida, luxe et libido son langage?La corrida l'obsède.

Les capes, le corset, l'habit d'ap- parat du maestro, la rumeur montante de la foule, l'intimité du 'patio de caballos'.

Une tension fragile que carlos dégage avec beaucoup de sentiment.

Si perrugia imaginait pour mistinguett des talons si hauts qui l'empêchaient de marcher, mais non de recevoir ses amants.

Si néron affectionnait les semelles d'argent quand jules césar arborait, pour les grandes occasions, des souliers à semelles d'or.

Si greta garbo achetait soixante-dix fois la même paire d'es- carpins.

Si marlène dietrich ne portait jamais plus de deux fois ses ferragamo.

Voilà là clientèle que carlos aurait pu séduire.

Sa femme devra composer avec sa mode, synthèse parfaite d'un mode de vie.

Elle ne marche pas beaucoup.

Elle est riche, très riche.

Ses modèles subliment le caractè- re d'une femme.

Pas n'importe laquelle.

Ses souliers ne plairont pas à toutes.

Ils raviront celles qui ont déjà du tempérament et non celles qui cherchent à en acquérir.

Pas forcé- ment belle.

Mais surtout bourrée de caractère'.

Pour approcher au plus près sa vision de sophistication et son souci de perfection, il ira jusqu'à minutieusement doubler de daim chacune de ses paires.

Chaque modèle est unique.

Il veut conserver la saveur et le dynamisme de la tradition d'antan.

Jeu à quatre mains, il confie la réalisation à des artisans chevronnés auxquels il demande parfois de reculer la limite des possibilités techniques.

Pour être à la hauteur, il snobe le plat et nous fait grimper de 1, 5, 7 à 10 centimètres.

'je sou- ligne la cambrure jusqu'à faire bander le muscle du mollet'.

Sorte de piqûre intraveineuse de sa libido?Marilyn n'a pas caché qu'elle devait aux talons son déhanchement lascif électrisant.

'alors pourquoi s'en priver?' de plus en plus haut, de plus en plus impraticable, de quoi faire perdre la tête aux hommes et l'équilibre à nos chevilles.

Une cour- se à la solidité, aux détails maîtrisés, aux découpes étroites qui n'ont guère à voir avec un sens pratique.

Rien à voir avec le look confort et androgyne qui inonde le marché.

Ses chaussures ne sont pas confor- tables.

'm'aimer?Les femmes vont plutôt me détester.

Mais j'espère les faire rêver au point qu'elles tombent amoureuses.

' sa signature?Pas de snobisme et d'effet design sa griffe s'estompe avec le temps.

'ma femme ne doit pas acheter une marque.

Je tiens à tout prix qu'elle s'approprie ma chaussure.

Ma 'trace' s'efface pour laisser la place à sa personnalité.

' 80 jalouse jalouse 81.

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