Jalouse n°27 - 2000 - Page 100 / 101

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TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009

page 1 auraient préféré mourir plutôt que de le jeter dans une machine à laver.

Car le denim, un sergé de coton dont la trame est faite de fils écrus et la chaîne de fils indigo teints en surface, possède une caractéristique unique: il se délave et s'altère avec l'âge.

'se bonifie!, rectifie roberto crivello.

Après le brut, on redécouvre la beauté des jeans usés.

Et l'in- dustrie concentre tous ses efforts sur le vieillissement artificiel.

' clou de la collection printemps-été 1999, le jean gucci, perlé de motifs afri cains, orné de plumes tombant sur les chevilles et usé jusqu'à la trans- parence, a suscité une telle fièvre acheteuse que les stocks furent épuisés avant d'atteindre les boutiques.

'il a démodé les jeans bruts à l'instant où il est apparu dans les magazines', résume kim, l'une des new-yorkaises inscrites sur liste d'attente pour obtenir ce vêtement- totem facturé 17 500 f.

Depuis, les alchimistes du denim travaillent au délavage qui imitera à la perfection les ravages du temps.

L'autrichien helmut lang propose une collection de jeans souffrants, dont le bleu se dilue dans les ocres et les gris.

Calvin klein s'est mis au dirty denim, qui reproduit, comme son nom l'indique, le lustre jau- nâtre de la crasse profondément incrustée.

Chez ddc lab, les jeans sont lavés une trentaine de fois, puis séchés à haute température dans une batterie de petites boules de caoutchouc importées du japon.

Outre ce procédé classique, roberto crivello se targue d'avoir élabo- ré le traitement 'le plus révolutionnaire depuis l'invention du jean 100 neige' : le '90 day finish'.

Destinée à simuler l'aspect d'un jean qui aurait été porté 90 jours d'affilée sans passer par la case lavomatique, cette méthode aussi secrète que la formule du coca-cola met en oeuvre des bains chimiques comparables à ceux qu'issey miyake utilise pour ses plissés.

Les 'whiskers' (moustaches, en anglais), marques indélébiles situées à la jointure de la cuisse et de l'aine, sont reproduites à la lime à ongle.

'la demande de jeans usés a décollé cette année', confirme nina garduno, acheteuse pour le magasin fred segal, à los angeles.

Le label qu'elle a lancé l'hiver dernier (rh vintage, vendu chez colette) n'est pourtant pas cultivé en laboratoire.

'plutôt que de reproduire arti- ficiellement l'abrasion du temps, nous recherchons de beaux vintages dans les stocks des fripiers, explique-t-elle.

Leur patine est plus authentique.

' les pièces de cette collection, qui ont été popularisées par beck, entre autres rock stars américaines, requièrent jusqu'à seize heures de travail artisanal.

Les trous sont réparés et brodés à la zoom sur des détails (à gauche) traités par ddc lab.

Innovante, la ligne levi's engineered jeans (à droite) bouleverse les for- mes traditionnelles et étudie le jean de façon ergonomique.

Des pierres semi-précieuses, éclats de verre taillé et clous métalliques, sont appliqués sur le tissu, formant des entrelacs complexes.

Alors, le jean comme oeuvre d'art?'ce n'est pas nouveau, reprend nina garduno.

Mais les broderies des années 70 font pâle figure en regard des ornementations d'aujourd'hui.

' les robes de ddc lab sont décorées de plumes de coq et perles de turquoise.

Et les jeans oggetti, identifiables aux détails rapportés (ceinture en vinyle, poches en soie sauvage), sont couverts de fleurs tropicales ou de motifs hawaiiens peints à la main.

Du denim a n'importe quel prix dans l'espoir de reconquérir les jeunes consommateurs qui lui échap- paient, levi strauss a suivi le mouvement.

Son nouveau service de 'customisation' permet aux clients de personnaliser leurs levi's, vieux ou neufs, en les faisant effranger, peindre, tatouer au rayon laser, orner de perles, de strass ou de paillettes.

Peut-on tou- jours parler de jean?Ce terme, qui définissait un vêtement universel et unisexe, transcendant les modes, les circonstances et les classes sociales, semble trop générique pour décrire la galaxie du denim, ato- misée par différents codes, rituels et partis pris stylistiques.

L'acid wash, un délavage qui fit brièvement fureur dans les années 80, est de retour.

Tout comme le jean de couleur, ressuscité par marc jacobs lors de son dernier défilé.

Le pli frontal permanent ose une apparition, aussi bien chez levi's - qui a réédité le sta-prest - que chez stella mccartney.

Après le simili cuir et la fausse fourrure, on voit même arri- ver le pseudo jean, une soie 'imprimée denim' utilisée par john galliano, izaak mizrahi ou gucci.

La gamme des prix est aussi vaste que celle des styles.

Si le shrink- to-fit de levi's, un 501 brut qu'il est recommandé d'acheter deux tailles trop grandes et de faire rétrécir sur soi, sous la douche, coûte à peine 40 dollars (environ 250 f) aux etats-unis, certains jeans sont vendus au tarif de la haute couture.

Le jean 'zimbabwe' de ddc lab, ainsi nommé parce qu'il est tissé dans un coton cultivé en afrique, est facturé 500 dollars (env.

Quant aux vieux levi's ornementés de rh vintage, ils coûtent jusqu'à 1800 dollars (env.

Pas si mal pour un vêtement dont les jours étaient comptés.

Au cours de l'eau, au fil du temps, amarre muses se riaient du passé, du futur e1 nlenle du présent comme des fleurs d'insouciance au hasard des courants, elles ont la légèreté de v amour et du vent.

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