JALOUSE n°37 de 2001 / Page 44 / 45
TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009
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page 1 aleksandar hemon de l'esprit chez les abrutis md gi, eme, le branleur vagabond. Dans la famille des cyniques, je voudrais diogène le chien. Seul philosophe qui reçut des os à ronger pendant les banquets, cinq siècles avant j. , et qui répondait en bon toutou levant la patte sur les convives. Seul penseur ayant eu un sexe à branler sur la place publique à une heure de pointe, pré- textant la recherche du bonheur. Ne reculant devant rien pour mettre en boule les institutions, il a montré qu'elles tenaient au fil tordu de la mora- le. Diogène, c'est la subversion carabinée, un 'socrate devenu fou', aux pieds nus, manteau dégueu et grand bâton. Il mange, pisse, se mas- turbe et baise en public. Il a quatre compagnes : non-dissimulation, indépendance, autarcie, maîtri- se de soi. Pour employer les grands mots (vrai- ment parce que vous le voulez), il vit selon la 'par- rhésia' en grec, 'franchise radicale ne tenant compte d'aucun interdit'. Aujourd'hui, il réajuste sa silhouette au milieu des passants, pionce à poings fermés dans le métro et initie quelques person- nages littéraires contemporains. Ont contre l'animalite pour entrer dans le vif du sujet, commencez par les meilleurs moments de son procès dans un savoureux dialogue écrit à la platon (mais court) : diogène ou du plaisir soli- taire, introduit par bruno jay (ed. Accusé de 'la plus provo- cante des obscénités', il défend sa philo comme un remède à l'animalité : 'si j'assou- vis mes besoins [. 1 ce n'est pas parce que j'en suis l'esclave mais [. 1 pour m'en affran- chir. ' question : en plein jour?'les besoins naturels doivent être traités avec bien- veillance et simplicité' quand ils apparaissent et en dehors de conventions sociales frustrantes. Et s'il se frotte en toute confiance, c'est que la masturbation est un don des dieux. Il serait très dommage de s'attirer leurs foudres en ne les honorant pas. Après le verdict et pour plus de familiarité avec ce grand chien, regardez dans le ton- neau de diogène, d'yves séméria (ed. Philosophie vagabonde, 220 p. , 150 f), une introduction assez exhaustive au personnage et à son 'habitat'. Ensuite faites un tour dans son jardin. Vous serez surpris(e) de le voir concocter une gnôle du ton- nerre dans un alambic de récup'. Si, comme le narrateur, vous aimez lire les lettres d'un étudiant voyageur du xve et que les mondanités vous pompent, diogène, en clodo quêteur de clopes et accoucheur d'âme, vous initiera à la plus mystérieuse des aventures : éclairer un sou- terrain illimité tenant de l'abri ato- mique et de la caverne d'ali baba. Pas de jardin concret, dans lequel on descend pour trouver du vrai ; diogène plante des graines sym- boles qui ne pousseront que si l'on s'en occupe. Robert hàsz, le jardin de diogène, ed. Aux racines ûv3mqm[ [ comme r. Hàsz (réfugié en hongrie à l'explosion de la guerre serbo-croate), ou son contemporain russe v. Pelevine, hemon est dépositaire de l'histoire en déconfiture de son pays. Il était à chicago en 1992, moment de l'état de siège de sarajevo, et a décidé de rester pour apprendre l'anglais. Il en sort un recueil de huit nouvelles tra- duites en douze langues, amères et explosive- ment drôles. L'écrivain réinvente sa bio, fait pous- ser ses racines généalogiques où ça lui chante, se choisit des ancêtres mythologiques, agrémente ses pages de vraies photos et de fausses preuves. Ses souvenirs remontent en bulles proustiennes, avec ce qu'il faut de zeste pour les rendre déli- cieusement acides ou savoureusement tronqués. Entre canular et sincérité, exil et mémoire, ket- chup et sniper, l'histoire fait son pas de deux sous les bombes, et l'auteur nous raconte ses vraies histoires, 'fruits de l'imagination de l'inconséquen- ce et d'une spéculation éhontée'. Aleksandar hemon, de l'esprit chez les abrutis, ed. |
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