Jalouse n°47 - 2002 - Page 36 / 37

JALOUSE n°47 de 2002 / Page 36 / 37

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009

page 1 [lab]livres quand on arrive en ville 3'iaulpnix penchants pecheurs pour sin city?Envie de globe trotte poetique?A portee de main, deux voyages sans retour avegas et pekin, de la ville superficielle a la ville sensible.

Néant du néon 'tel un morceau de comète encore incandescent qui vient de se fracasser sur le sol, las vegas brille au loin dans la nuit du désert de mojave (.

) on pourrait croire qu'il s'agitlàd'un lunapark géant tombé de l'espace qui, jetant ses derniers feux vers le ciel, cher- cherait à rejoindre son lieu naturel.

Mais cette vision n'est qu'un rêve et les premières vues sont trompeuses.

La lumière vive qui nous aveugle à son approche (.

) sort tout simplement de la cen- trale nucléaire sise surle hoover dam qui,jouraprèsjour, alimente la ville en millions de kilowatts heures' drôle et cultivé, le scalpel de bruce bégout sculpte un portrait acide et savoureux de las vegas, péplum outrancier, temple du jeu et du rien.

Règne de l'in- consistance générale et de l'insouciance orchestrée, vegas est un 'no man's land, terrain vague, non-lieu, ville fantôme, simulacre urbain, ville de nulle part, etc.

Le nul qui compte, le néant du néon.

Ville du degré zéro de l'urbanité, de l'architecture et de la culture, ville degré zéro de la sociabilité, de l'art et de la pensée.

' enorme, excessive, incandescente, affriolante, élec- trique, vegas appâte, aguiche, éclabousse le client, l'empêche de penser, le surveille, le coince, l'hypnotise.

Mais l'excursion noctur- ne de la villejette un froid.

Envers du décor: ségrégation sociale, crises de delirium des touristes, suicides, mexicains et indiens parqués loin de la ville, surveillances par caméra.

Le texte efficace, philo, riche, coloré, fluide, décortique au rythme des one armed bandits (machine à sous à un bras) les revers d'un paradis artifi- ciel qui scotche ses clients à l'impossible distance critique, à 'l'u- topie des loisirs et du fun permanent' terrifiant, utile et salvateur.

Bruce bégout, zéropolis (allia), 125 p.

Météo du bitume 'pékin sent l'anthracite.

) la nuit, très peu de lampadaires, de rares vitrines illuminées - les cyclistes roulent sans éclairage - mais les ampoules ici et là, isolées ou en grappes, suspendues au-dessus des grillades et des bouillons.

Des bouts d'échoppes, des coins de nuit recolorée, des flaques claires où brillent les clous, les pommes, les boites de thé et les poulets laqués.

Des guirlandes vertes ou rouges, des lampions, des loupiotes : la pauvreté allume ses arbres de noël, en pluie minuscule et multi- colore.

Autant de vraie lumière que d'ombre véritable, profonde, épaisse, avec des puits, des trappes et des recoins.

' des lueurs de pékin au bol de thé épais de kyoto, en passant par les façades vérolées de beyrouth, le survol des favelas de rio à cinq heures du mat', une tempête de neige nocturne au sommet de l'empire state.

Jean-michel maulpoix, poète déambulateur', s'oriente comme la fébrile aiguille d'une boussole, éclairant la ville de sa nuit personnelle.

Ses paysages urbains surgissent comme autant d'hallucinations visuelles, olfactives et auditives, reflets fidèles de ses tribula- tions internes.

Doutes amoureux, visions fugitives et rencontres tombent sur le papier en bruines poétiques, en averses prosaï- ques, en crachins rafraîchissants ou torturés.

Le trotter recueille les mots comme des gouttes, tendant des fils entre les aéroports et les quartiers, la ville et la vie, adhérant 'avec la plume, la peau, les yeux, aux bruits et aux couleurs' de chaque ici.

Un voyage sans but qui enfin s'éclaire : 'la tâche du poète : fixer des points de clarté.

' jean-michel maulpoix, chutes de pluie fine (mercure de france), 151 p.

Par penelope rault 38 jalouse.

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