JALOUSE n°57 de 2003 / Page 74 / 75
TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009
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page 1 le remix : galliano, westwood et verhoeven on connaissait de john galliano sa géniale propension à sampler les inspirations pour offrir au plus grand nombre sa folie créative. A travers sa dernière collection, jamais hommage n'a été rendu aussi officiellement à un personnage qui hante depuis toujours les collections de john, leigh bowery. Si le plus inventif des anglais aime avant tout l'aventure de la couture, sa principale démesure est à mettre au compte des extravagances passées de bowery. On comprendra dès lors un peu mieux d'où surgit l'explosion colorée de ses maquillages, le non-conformisme de ses tenues, en se remémorant les photos de bowery prises par fergus greer. Une mine d'or indépassable!Quant à julie verhoeven, nouvelle promue des designers londoniens, ses tenues 'girlie' empruntent aux références bigarrées de l'angleterre eighties, héritière de la dance music un peu sucrée. Imprimés et patchworks délurés, couleurs pétard -jaune ou rosevif - plongentlafashionvictim dans des souvenirs aussi flashy que les tenues de la chanteuse yazz (the only way is up) ou celles de boy george, ami de bowery. On ne s'étonnera pas dès lors que le syndrome vivienne westwood refasse surface parmi les envies du moment. Son dernier défilé a électrisé la foule : retour aux inspirations pirate et abandon des crinolines un peu stuc empire. Dame vivienne a donné uneleçon de révolte à ses poulains. Et n'a jamais renié cette part d'originalité qui prend également ses racines chez leigh bowery. Ci-contre, la créatrice vivienne westwood, l'une des héritières de l'esprit leigh bowery. Ci-dessous, la bataille d'orgreave. 'traumatisé' par les années thatcher, l'artiste jeremy deller a reconstitué un conflit qui opposa les mineurs aux forces de police anglaises. Al'attaque!L'original : neil simmons mitterrand disait de margaret thatcher : 'elle a les yeux de caligula et les lèvres de marilyn monroe'. Cette réflexion fait sourire le sculpteur neil simmons, mais il se gardera bien de la commenter, flegme british oblige. Le visage déterminé de maggie, neil a pu s'en faire une idée durant les nombreux mois passés devant son bloc de marbre. En 2001, margaret thatcher a offert son corps à cet artiste londonien connu pour ses marbres et bronzes de hampton court palace, ses statues de martyrs de l'abbaye de westminster ou la plaque commémorative de lady diana. Dix ans après son 'règne', maggie dérange toujours. A peine installée dans la galerie d'art du guildhall (résidence officielle du maire de la city de londres), la statue déchaîne la haine de paul kelleher, leader d'un groupe anticapitaliste, qui s'attaque à la dame de fer. Aussi solide en pierre qu'en chair et en os, elle résiste aux coups de batte de base bal]. Elle s'avère même très coriace. C'est avec la barrière de sécurité métallique censée protéger la statue quele forcené l'achève de trois coups surla nuque, jusqu'à ce que la tête s'envole. Une femme autant haïe qu'adorée s'expose à la riposte. Margaret est décapitée, neil simmons dépité. Mais neil avait envisagé ce triste sort et avait pris des dispositions, recouvrant 'l'icône' de couches de cire pour éviter les tags. Devant cette agression, le richissime anonyme à l'initiative de cette commande, s'exclame : 'il faut refaire cette ceuvre'. Mais que faire de l'autre statue, alors?C'est un peu comme un cadavre dont on ne saurait que faire du corps. Un corps de 2,5 tonnes et 2,4 m de haut, pour lequel margaret thatcher avait, à l'époque de sa réalisation, posé plusieurs fois devant le sculpteur dans son studio du east end. Celle qui n'avait jamais manifesté d'intérêt pour l'art, s'était alors beaucoup investie pourfaciliterle travail de neil. Elle apprécie aussi les photographies de charlie roff, qui a travaillé sur le binôme simmons/thatcher depuis le premier coup de marteau jusqu'au coup de bar métallique. Depuis, neil est reçu chez madame thatcher comme un ami, pour un thé ou une christmas party. Devant le talent du sculpteur, la dame de fer ne pouvait rester de marbre. Daphné hézard margaret thatcher, sculptée dans le marbre par neil simmons (à gauche), a fait long feu. A peine posée sur son socle, elle par paul kelleher, leader d'un groupe anticapitaliste. Le remix : jeremy deller en angleterre, chaque week-end, on célèbre avec autant de passion les délices de la bière engloutie au pub que les vertus du re-enactment (en français, la reconstitution). Petite précision?Le re-enactment est devenu le hobby culturel des sujets de la couronne et on ne compte plusle nombre d'associations qui rejouent les grandes heures des invasions vikings ou de la guerre d'indépendance. L'artiste jeremy deller s'est donc amusé (?) à mélanger les genres en reconstituant la bataille d'orgreave, un 'passage à l'acte' filmé par le réalisateur mike figgis. Cette bataille représente un épisode fondamental des conflits sociaux sous thatcher qui opposa, en 1984, 6 000 membres de l'union nationale des mineurs en grève à 8000 policiers dépêchés pour l'occasion. Cet affrontement, qui eut lieu dans le village minier d'orgreave, conduisit à la fermeture de nombreuses mines et au déclin inévitable du mouvement ouvrier. Un épisode encore vif pour nombre d'anglais et particulièrement ancré dans la mémoire de été décapitée deller, qui a 'vu la bataille d'orgreave à la télévision quand (il) était adolescent. ' et en a été à jamais marqué. Louvre de deller, dans laquelle une horde de cavaliers armés de boucliers et de matraques tabasse des manifestants apeurés, réactive les moments sombres d'une politique typiquement thatcherienne que l'on croyait filtrée parle souvenir. Mais dellersample aussi les pratiques de ses contemporains pour mieux en pointer l'absurdité, ainsi, a-t-il marié la traditionnelle fanfare anglaise (la brass band) avec le son de l'acid house des eighties, dans la performance acid brass (1997). Ou quand la forme folklorique croise les signes d'une culture teenage. 74 jalouse jalouse 75. |
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