JALOUSE n°57 de 2003 / Page 86 / 87
TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009
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page 1 tokyo se lâche i Dans les ce shibuya, le sexe est simple comme un coup de fil. Phoniques de shibuya (la vallée amère), le quartier kawaï (mignon) des 15-25 ans, la ruche où fleurissentles magasins pour teenagers, hantés parles jeunes gazelles montées sur des talons trop hauts. Chapeaux de cow-boys à la madonna et visages peints. Face à la gare centrale, en face du café starbucks, ces filles draguent de frêles samouraïs dorés aux u. , devantla statue de hachiko, ce petit chien qui, après la guerre, mourut en attendant sans fin son maître disparu. Baisodrome et lit flottant dans l'espace alors, l'acte sexuel, nouvel idéal des jeunes filles?C'est en tout cas, le fond de commerce des love hôtels du quartier de shibuya. Ces lieux de passage aux noms évocateurs : faveur, white box, carribean, las vegas, chez nous, new york new york, vie pure, a paris, peuplent le royaume de la fantaisie kitsch. 11 y a la chambre futuriste avec le lit en forme de spacelab ; la disco psychédélique remplie de miroirs, au lit tournant ; la baignoire en forme d'huître, le baisodrome désigné par shinya yamamoto, metteur en scène de porn movie, avec batterie de télés qui retransmettent vos ébats ; le lit flottant dans l'espace dans un décor star trek ; la chambre kaléidoscopique avec lit tournant et stroboscopes ; la chambre vasarely (gare au 'mal de tête'), fluo changeante ; la salle de torture appareillée. Sans compter celles avec fauteuils inclinables façon gynéco ou dentiste, ou la vert céladon, avec petit cheval de bois, genre vitrine du magasin de noël. Ces love hôtels n'ont rien de nos 'claques' d'antan. Lieux anonymes (pas de réception) et propres, batteries de caméras, box à l'entrée, ornés de photos des chambres. Ils sont comme les 'places du village' de l'amour, au cours desquelles on peut croiser son oncle ou sa tante. Lassés de la promiscuité de leur fille célibataire encore en fac à 30 ans, ils viennent y faire une pause de 17 à 20 heures. Et profiter de la promo, l'après-midi, à trente euros. A tokyo, être amoureuse est devenu un luxe. Comme le souligne haruka, 20 ans, traductrice vivant seule mais qui a un petit ami : 'je suis amoureuse mais il fait ses études, alors on se voit peu. La plupart des couples se fondent sur des arrangements. Les filles sortent en bande de leur côté, et les hommes font de même' faute d'amour avec un grand a, reste le rêve de la séduction. Dans l'éternelle guerre des sexes, les filles marquent des points. A tokyo, 30 des jeunes filles de 20 à 30 ans déclarent que le shopping est leur première préoccupation. La plupart d'entre elles habitent chez leurs parents. On les surnomme les 'single parasito'. Et ne sont pas pressées d'en partir. Loin de- vant les hommes du même âge, lancés dans la vie active à plein temps, qui paient leur loyer dans la ville la plus chère du monde. La vie s'arrête à 30 ans dans un pays en crise, la gent féminine des 15-35 ans, au pouvoir d'achat supérieur à celui des hommes de leur âge, mène la danse de la consommation. Pas étonnant que les jeunes prennent exemple sur leurs aînées. Ces filles, célibataires endurcies, semblent vivre dans un sitcom surfond de romance. Elles flashentsurles chanteuses françaises des années 60-70 (françoise hardy, sylvievartan, jane birkin), dont les pochettes de disques semblent indiquer que la vie s'est définitivement arrêtée à 30 ans. Elles s'habillent dans les magasins branchés de harajuku, prennent d'assaut le nouvel espace louis vuitton et des poses comme dans un film de la nouvelle vague. Leurs références sexy : le couple tendance qui fascine toutes les haruka. Lui, c'est marbee. Elle, c'est mimilin. Sortes de fred astaire pana. Ooonnnraao a- open 10:00' iip9ffih'5m 15n. Je iy et ginger rogers hip hop. Lorsqu'ils dansent, en couple, le public est hypnotisé. Ils incarnent la définition charnelle de l'amour. Récemment, ils ont fait un malheurlors dela nuit crystal, organisée au night-club game. Issey miyake les habillait. Et dans la salle, tandis qu'ils donnaient au sexe le mouvement de la danse, beaucoup de baisers s'échangeaient dans le noir. Latex, cuir, dentelles, fouet, seringues. Chez toi ou chez moi?L'un et l'autre habitant encore souvent chez leurs parents, restent les lieux anonymes, pour ceux qui n'ont ni les moyens ni le goût d'aller au love hôtel. En été, les parcs yoyogi, shinjuku ou kichijoji, très prisés, résonnent de soupirs peu urbains. Les mots doux se murmurent aussi dans les cages d'escaliers, les ascenseurs. Ou sur le toit des immeubles du quartier chaud de roppongi. Atokyo, la pudeur est encore de mise - on ne se tient pas parla main dans la rue - mais l'audace a pris le relais de la civilité. Attention!On ne fait pas sa cour comme à paris. Les codes y sont plus subtils et le passage à l'acte plus franc. Garçons et filles ne manquent pas de mots pour tourner autour de la chose, sans ja- mais la nommer. 'les manifestations du désir, ce sont les sourires, des nuances qui n'existent qu'en japonais, des onomatopées. Peu de gestes de tendresse', explique cette jeune femme, directrice d'un label musical. 'pas de démonstrations d'affection en public. Toutes les sensations et émotions passent parle regard. Il faut ëtre attentif et lire entre les lignes', poursuit-elle en souriant. Car au-delà des stratégies d'évitement (ne pas regarder les gens dans les yeux pour ne pas les importuner, ne pas offrir de cadeaux trop ostentatoires pour ne pas les gëner) chères aux japonais, la drague est permanente à tokyo. Rues, cafés, boîtes de nuit, les cadres moyens 'déborded', tous les goûts sont dans la ville. Supermarchés, lieux de travail, pique-nique du printemps sous les cerisiers en fleurs. La censure hypocrite a baissé pavillon. L'interdiction de montrer des poils pubiens fut la panacée, alors que l'art du bondage était à son apogée. Pas un mois ne se passe sans que le drag queen vivienne sato n'organise une soirée dans une boîte branchée, où se bouscule le gratin de la capitale. Latex, cuir, dentelles, fouet, seringues. Retour du refoulé?Tokyo ne cache plus rien. Les nus de shinoyama ou hanabusa, émules du photographe araki, s'arrachent. 'midnight', l'émission tv trash la plus débridée, débarque tous les soirs vers minuit sur les écrans avec visites gui- dées des clubs d'hôtesses. Petites annonces 'd'hommes à louer' les talento (starlettes) sont souvent prises à parti dans la presse à scandale. Un coup de mou?Sexe avide?Dans tous les kiosques, les mangas pornos prennent le relais. La série mangas bonbons, de kyoko okazaki, regorge d'héroïnes libérées. Les petites annonces 'd'hommes à louer' sont légion dans les cabines de téléphone. Les journaux sportifs et quotidiens du soir s'y mettent, avec des feuille- tons d'un érotisme débridé. L'époque pudibonde est révolue. Assez pour que, dans son livre renai no kiso (les fondements de l'amour), le sociologue coréen kim myong-gang trace un portrait au vitriol des tokydites : 'il n'y a pratiquement plus de tabous sexuels. On ne trouve guère de pays ayant une telle liberté de mmurs. Adultère, divorce, homosexualité, multiplication des partenaires. Les japonaises sont totalement émancipées' ironie du sort, la député féministe yoko tajima s'inquiète de voirla pub réduire ces jeunes filles à des vestales libertines et des consommatrices de choc. Les japonaises vont être contraintes au grand écart. 86 jalouse jalouse 87. |
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