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L'OFFICIEL DE LA MODE n°98 de 1929 / Page 66 / 67

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2010

L'officiel de la couture» Paris de la parure féminine à l'architecture, l'esprit contemporain fait triompher la notion des ensembles, le decor de la table un des centres de l'influence mondaine de la femme élégante est la décoration de la table.

C'est autour d'elle, en effet, que gravitent la plupart des réceptions officielles ou intimes et il n'est pas de maîtresse de maison qui ne s'en préoccupe à très juste titre.

Aussi nous a-t-il paru particulièrement intéressant de tenir d'un spécialiste en pareille matière quelques réflexions sur le sujet.

Voici les réponses que m.

Rouard a bien voulu faire aux questions que nous lui avions posées au cours d'une interview : * * *» Quel rôle attribuez-vous aux arts de la table dans notre vie actuelle?Permettez-moi de ne pas prononcer le mot « art » pour parler des multiples objets à la création desquels nous veillons soigneu- sement, afin de rendre notre existence plus aimable.

Cela, tout au moins, tant que ne sera pas définitivement retrouvée cette vieille vérité comprise des grecs, que dans la décoration de la vie quoti- dienne, l'art et la vie ne font qu'un.

Dans notre domaine, l'influence d'une boutade mal comprise d'un poète très aimé : « qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait ensemble de table ' chantereine ' de m.

!» et la réaction qu'elle provoqua dès qu'elle fut pro- noncée, menèrent aux pires erreurs de goût durant toute une époque.

C'est ainsi que pendant près de cent ans, on a pu voir les uns gourmets, boire dans de monotones pots à confitures et manger dans d'innommables assiettes de buffet de gare; les autres, soi- disant raffinés, servir des rôtis tièdes dans des miniatures enjo- livées.

Effarés par de tels excès, les gens de bon ton ne savaient plus que faire et tendaient à leurs hôtes de pâles assiettes blanches bordées d'un fil d'or d'une lassante monotonie.

Cette pauvreté d'imagination et ces affectations ridicules, subsistent encore en partie, mais elles tendent à disparaître.

Depuis une vingtaine d'années, nous en rions, comme nous rions de l'ivresse et de son flacon poussiéreux.

A notre époque, le sportif équilibré l'emporte sur l'alcoolique.

» Comment expliquez-vous l'évolution du goût pendant ces vingt dernières années et le retour à des tendances plus saines dans votre profession?D'abord, notre profession a profité du mouvement général; ensuite les céramistes jouissent d'un grand avantage.

La corpo- ration groupe, en effet, soumises à la discipline de procédés très similaires, des activités diverses et d'une délicate gradation.

Ce sont, d'une part, des b industries qui visent à satisfaire des besoins de pure utilité; d'autre part, des décorateurs dont les œuvres, ~ influencées par la mode, tendent à apporter une note en harmonie avec l'ameublement.

La céramique compte enfin une élite de chercheurs ' très artistes dont les découvertes augmentent chaque jour les possibilités delà matière.

Dès 1880, au milieu du chaos artistique de l'époque, ils se sont révélés.

Un ou deux peintres, autant de sculpteurs, attirés par la pureté classique de l'art du potier de la chine primitive,» Ce génie penché sur son feu et ses terres pour en tirer des matières sobres et pures» Abandonnent tout pour suivre son exemple.

Délibérément, rompant avec.

Les influences pernicieuses de la chine décadente, ils ramènent le métier vers ses sources véritables, vers les sains principes de l'artisanat chinois du xe au xvie siècles, alors qu'avec les dynasties tang, han, song et ming régnait l'amour de la matière pour ensemble de table ' vignon ' de m.

) 64 l'officiel de la couture» Paris étude d'assiette porcelaine, décor paille et platine de m.

) l'œil et au doigt, architecturée en une elle-même, précieuse à forme pleine et forte.

C'est ainsi que les chapelet, les dalpyra, les jeanneney, grands précurseurs, transmirent leur enthousiasme aux delaherche, aux decœur, aux lenoble, aux simmen, qui ont porté vers son abstraite pureté la céramique contemporaine.

Ces artistes, artisans de génie, ont montré qu'on parvient à la richesse par la simplicité dans l'emploi des matériaux précieux et l'on peut dire que c'est par leur exemple que les « leaders » de nos industries ont appris cette jolie qualité : la modestie.

Ce sont bien eux, en vérité, qui firent sentir, par exemple, que l'assiette sur la table devait rester à sa place, ne pas tendre à attirer plus de regards qu'aucune autre partie de l'ameublement, éviter les décorations tapageuses et cependant conserver un charme discret quand elle occupe tout le champ de la vision.

C'est sur la base de telles conceptions, que nous voyons l'as, siette moderne se débarrasser de ces hiéroglyphes traditionnels aux couleurs éclatantes faits pour être regardés à la loupe, pour ne plus être qu'une note de couleur adaptée à chaque intérieur, avec un léger assouplissement décoratif destiné à atténuer le côté utilitaire de sa forme obligatoire.

» Vous me parlez de l'assiette ; mais que faites-vous des verres?Je disais assiette pour tout embrasser d'un seul mot et parce qu'elle est le plus souvent le point de départ de nos recherches : vaisselle serait plus exact.

Et puis, je vous l'avoue, l'assiette avec son verre, à mes yeux, ne font qu'un, comme ne font qu'un une robe et un chapeau bien choisis.

[ace sujet, d'ailleurs, je ne devrais pas plus vous parler de l'assiette que du verre, mais de la décoration utile de la table, avec tout ce qu'elle comporte.

La décoration de la table doit être conçue d'un seul coup, dans tout son ensemble, et en même temps, ménager la place à l'apparition de l'élément personnel de chaque maison.

C'est un problème difficile!» Mais c'est à la maîtresse de maison qu'il appartient de résoudre ce problème.

Son goût doit choisir les élé- ments du décor, les disposer en ordre harmonieux.

Les disposer en ordre harmonieux, d'accord.

Les animer d'une vie qui reflète son goût.

Je le souhaite autant que vous-même, mais comment voulez-vous qu'elle parvienne à trouver des éléments qui s'accordent, si le créateur de chacun d'eux ignore les efforts de son voisin.

Si ses verres viennent de l'est, sa vaisselle du midi, sa nappe ou ses napperons de valenciennes ou de belgique, son orfèvrerie d'où vous voudrez, c'est bien un prodige, si la maîtresse de maison évite la cacophonie et les dissonnances.

Elle y parvient certes, à force de patience et de goût, mais quelque- fois aussi, par subterfuge, en dissimulant sa table sous des fleurs, qui ne devraient jouer avec l'ensemble que comme simple agrément.

Comme vous le voyez, nous atteignons ici le point culminant du problème.

La création des éléments, assiettes, verres, nappes, couverts, en harmonie avec l'atmosphère de la pièce, le ton et la nature des matériaux des meubles, leur style soulèvent pour chaque spécialiste des difficultés techniques épineuses, surtout pour le céra- miste qui doit tenir compte des exigences inviolables du feu de cuisson.

Aussi bien, quelques amateurs, en présence de pareilles difficultés nous prient-ils de visiter leur intérieur avant de nous demander un conseil.

Il faut ici collaborer.

' et à ce sujet, je formule un souhait, c'est que les rapproche- ments qui commencent entre collègues de métiers connexes, se développent et que nous soyons amenés, par une bonne entente en vue d'un effort sincère, à des créations collectives.

Rouard sur ces mots qui me paraissent contenir en puissance la solution d'un problème en vérité complexe, mais qui présente, au point de vue de l'élégance et du goût français, un très grand intérêt.

« l'officiel de la couture » touche les milieux les plus divers et atteint notamment l'industrie de la lingerie.

Il serait tout particulièrement désirable que l'appel de m.

Rouard __ dont je me fais ici l'écho» Fût entendu et qu'il devînt le point de départ d'une collaboration sincère et loyale entre les créateurs si divers dont' les œuvres juxtaposées constituent cet ensemble tout de raffinement : « le décor de la table ».

Ensemble de table ' laure ' de m.

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