L'OFFICIEL HOMME 2 n°22 de 2011 / Page 74 / 75
TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2013
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Portrait depuis 2006, gareth pugh électrise la mode en mélangeant les genres. Ses silhouettes androgynes à l'allure guerrière semblent venues d'un autre monde. Le sien, surnaturel à souhait. Pourrait-on même dire, si ce jeune talent n'avait pas été mille fois pronostiqué comme son deuxième successeur chez dior homme. L'an passé, la rumeur n'a cessé d'enfler sur ses blogs où aucune information n'est contrôlée. Début 2009, il avait suffit de la présence, au premier rang de son unique défilé homme à paris, de représentants du groupe lvmh pour qu'on le prête en grandes tractations avec la maison de l'avenue montaigne. C'était juste oublier que le leader français du luxe est un des premiers sponsors de l'association nationale des arts de la mode (andam), organisme de soutien à la jeune création sous la tutelle du ministère de la culture, dont gareth pugh avait remporté la bourse annuelle quelques mois plus tôt. S'est bien gardé de faire des commentaires. Peut-être d'autant plus qu'il n'aime guère les interviews, se confie peu, vit refermé dans son monde. De fait, on ne connaît que les grandes lignes de son parcours. Après des études artistiques dans sa ville natale de sunderland au nord-est de l'angleterre, gareth pugh complète sa formation à la central saint martins de londres. Puis, décroche un job d'assistant chez revillon, au côté de rick owens qui officie alors comme directeur artistique du fourreur français. A cette occasion, il fait la connaissance de sa charismatique partenaire, michele lamy, qui le prendra également sous son aile et le poussera à lancer sa propre marque. C'était en 2006 à londres et depuis, sur les podiums des deux côtés de la manche, le jeune poulain ne cesse d'apparaître tel un ovni ne faisant référence à aucun designer. Gianluca orsini bien connus pour empêcher la mode de défiler en rond. Dernier de ces trublions venus d'albion, le jeune gareth pugh a bousculé la dernière fashion week parisienne avec une présentation vidéo sur grand écran de sa collection printemps-été 2011. En noir et blanc, sur un rythme syncopé qui alterne morphings, trompe-l'oeil, fondus enchaînés, superpositions et duplications en miroir d'une multitude d'images, la top modèle kirsten mcmenamy surgit, disparaît, se désarticule ou se répète à l'infini. La séquence réalisée par ruth hogben, ancienne assistante du photographe nick knight, est envoûtante au point de hanter la mémoire bien après le clap de fin. En prime, les vêtements, qui auraient pu se voir reléguer à un second rôle, sont omniprésents dans cette incroyable mise en scène. C'est d'ailleurs peut-être là que résident la force et le talent de ce gareth pugh. Il s'inscrit dans la parfaite lignée de tous ces créateurs qui ont fait du défilé un show à grand spectacle, tout en conservant à l'esprit la finalité de son métier de styliste. Depuis 2006, ce garçon aux cheveux longs, ongles vernis et chaussures compensées, bluffe la fashion avec ses créatures semblant échappées d'un monde virtuel. Leurs maquillages, coiffures sont toujours incroyables, recherchés. Les mannequins, que l'on a vus sur un autre podium trois heures plus tôt, apparaissent ici complètement transformés. Comme téléportés sur une autre planète, dans un univers peuplés de cyborgs. Ous ces grimages pourraient renvoyer aux grandes années de thierry mugler, mais ils ne sont pas tout. Ici, les vêtements sont de la même intensité, de la même précision millimétrée. Gainés sur le corps, taillés au scalpel, ourlés à la perfection. Souvent noirs, ou sombres, dans des lainages lourds, des cuirs mats et brillants qui donnent corps à des carapaces longilignes. La silhouette est slim. « slimanesque » les designers britanniques sont lui t 72. |
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