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L'OFFICIEL HOMMES n°53 de 1985 / Page 74 / 75

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2010

«que j'aime voir, chère indolente, de ton corps si beau comme une étoffe vacillante, miroiter la peau.

» baudelaire « je n'ai pas eu d'enfance.

J'ai tout de suite été un petit adulte et du coup, peut-être suis-je resté immature.

De caractère très ren- fermé, sans amis, je me consolais avec les objets, ils avaient un côté rassurant.

A aix-en-pro- vence, à la sortie de l'école, je musardais, je découvrais les immeubles, les fontaines, les monuments, les jardins.

» malgré les nombreux déménage- ments, les études du petit jitrois se poursuivent sans problème.

Arrive la guerre d'algérie, la famille s'embarque avec armes et bagages.

A dix ans, c'est un fabuleux voyage qui ouvre sur un pays magique, enchanteur, tel qu'on peut le rêver dans les livres.

« oran, c'est la porte de l'orient.

Des couleurs chatoyan- tes, des odeurs exubérantes, un foisonnement sauvage et gri- sant.

» j'allais au lycée tout seul.

Aux arrêts d'autobus, brusque- ment, une bombe éclatait, c'était la panique.

Puis le pays reprenait souffle.

Tous les jeudis, avec un copain, je prenais le bus et nous faisions 30 km jusqu'à canastel au bord de la mer.

On était plan- tés là au milieu des fatmas, des poules, des lapins, et on était heureux!A nous deux paris après les fastes du désert, la morne plaine de montmelon, base aérienne située près de reims, accueille la famille.

Jean- claude décroche son baccalau- réat et décide de « monter à la capitale » faire des études de psychologie.

La ville lumière n'éblouit pas le jeune provincial habitué à vivre dans le bled - « j'habitais au 13 boulevard raspail.

Une chambre de bonne chez un petit vieux.

Comme mes parents avaient du mal à me payer mes études, j'étais répétiteur, c'est-à-dire que je faisais travailler des étudiants le soir.

» pas n'importe quels étu- diants.

Jean-claude s'était ins- crit à l'institut catholique pour suivre des cours de psychologie 74 appliquée, et c'est là qu'il effec- tuait son recrutement : fils de ministres et de diplomates exclu- sivement!Dans cette vie très studieuse où les seuls distractions consis- taient en de longues soirées de baby-sitting pour arrondir les fins de mois, allait bientôt apparaî- tre un élément nouveau.

Jean- claude jitrois découvrait saint- germain-des-près.

« pas le fa- meux, celui des poètes et des stars, non, une rue une seule, entre le flore et les deux magots, la rue saint-benoit.

J'étais un fieffé imbécile.

» sourd au chant des sirènes des cabarets et autres lieux de perdi- tion, chaque jour à 17 h jean- claude s'engouffrait dans cet étroit boyau pour s'arrêter au n° 14, siège de la fao, ligue contre la faim.

« j'empaquetais des images saintes et autres objets de piété à destination des pays sous- développés.

Jusqu'à 10 h du soir.

Sans jamais lever le nez.

Ensuite, je rentrais chez moi et je bossais.

» sans jamais lever le nez?Hum.

C'est quand même là qu'il ren- contrera une étudiante en an- glais avec laquelle, 3 mois plus tard, il se retrouvera bel et bien marié.

« pas vraiment par amour, précise-t-il, mes parents étaient nommés au congo, et je me suis senti brusquement seul, telle- ment perdu que je me suis accro- ché à cette fille.

» famille, je vous aime deux ans s'écoulent, cahin caha.

Jean-claude jitrois part faire son service militaire (à montmelon, quelle joie!), connaît de nouveau une période de solitude et d'abandon.

Aucun appui affectif du côté de sa belle famille, peu de soutien de la part de sa femme, après 18 mois sous les drapeaux, il décide de mettre le cap vers le sud, à nice en parti- culier où ses parents se sont réinstallés.

Là, il rentre à la faculté de médecine et devient directeur de l'institut supérieur de rééducation psychomotrice.

Après avoir beaucoup travaillé, beaucoup réfléchi, lu et écrit (4 livres), il se marie avec une jeu- ne orthophoniste.

Un mariage d'amour cette fois-ci, qui durera 15 ans.

Tout ça me direz-vous, est bien loin de la couture.

Et l'on voit mal dans cette belle histoire, comment le héros, mal embarqué sur ce chemin médical, va pou- voir bifurquer vers des contrées plus fantaisistes.

C'est à la fois bien mal connaître jean-claude jitrois (ce qui paraît normal) et faire preuve d'un esprit très routinier.

Lecteurs, vous avez une âme de fonction- naire si vous n'avez pas compris que la route du sud était pour jitrois un nouveau départ.

Notre psycholo- gue, passionné de cézanne et de van dongen avait continué à s'intéresser à l'art et à manier le pinceau avec dextérité puisqu'il exposait de ci - de là à paris.

A nice, dans son institut il ne se contente pas de suivre les méthodes traditionnelles de réé- ducation : il inaugure le psycho- drame avec des méthodes pas- sant par la relaxation, l'expres- sion corporelle sur fond musical et les jeux de rôles, pour lesquels bien évidemment il faut créer des costumes.

« pour les malades, je fabriquais des vêtements en cuir surtout qui les sécurisaient - bombardiers, pilotes d'avion on retrouvait l'ins- piration paternelle.

Désormais, couper et coudre ce n'était pas un problème.

Quant aux tissus, on faisait avec les moyens du bord.

» tout ceci aurait pu rester au stade embryonnaire, si son oncle, propriétaire d'un magasin de confection à marseille ne lui avait pas suggéré d'ouvrir une boutique de mode.

A 32 ans, jitrois installe ses vitri- nes à nice, monte un atelier de création et fabrique des vête- ments de cuir à la commande.

Dans la boutique de saint-tropez, jean-claude jitrois avec paul anka.

Un fidèle de saint-tropez et un fan de la première heure de j3: elton john.

Dans son château-atelier des bords de la loire, où il passe tous ses week- ends à travailler, jean-claude jitrois et son staff de collaborateurs.

Image de bonheur: jean- claude et sa plus belle réussite: son fils jérôme.

« j'en avais marre de voir des personnes bourrées de problè- mes.

Là je découvrais le plaisir d'habiller des gens heureux, de les aider à se sentir encore mieux dans leur peau.

» nice, saint-tropez, cannes, paris, gstaad et maintenant los angeles, on connaît la suite de l'histoire.

« ma plus grande satis- faction, avoue spontanément jean-claude jitrois, c'est savoir que quelque chose de moi se balade sur le dos d'un autre quel- que part dans le monde.

» juste revanche d'un petit garçon dé- muni qui n'avait jamais rien de personnel à offrir!75.

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