L'OFFICIEL VOYAGE n°6 de 2006 / Page 96 / 97
TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2013
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D e c k d e p r o m e n a d e , e x t é r i e u r n u i t. Dimanche-jour j lever militaire au chant du coq. Façon de parler puisqu'il n'y a que la mer autour de nous. Une plate immensité océanique avec en ligne de mire l'îlot rocheux et les satellites du mythique cap horn. On s'apprête à embarquer à bord des zodiacs sur le ponton improvisé. Et l'on avance à la queue leu leu sous les premières gouttes de pluie, de plus en plus cinglantes, de plus en plus violentes. Le vent siffle, l'horizon de plomb laisse entrevoir dans la brume épaisse le cape horn memorial, monument dédié aux navigateurs lointains qui périrent par milliers dans ces eaux marquant la violente rencontre du pacifique et de l'atlantique. On frissonne doucement, dans nos cirés jaune canari, comme une communauté de pèlerins en procession sur des lieux aux rituels ataviques. Va savoir pourquoi, ça nous rappelle encore une fois un fi lm culte, the wicker man, avec christopher lee en prêtre d'une religion païenne. On n'est pas grand-chose face à la nature qui se soulève. L e calme après la tempête Ça y est. Même pas le temps d'avaler la dernière goutte de café que le via australis s'est mis à tanguer. Du calme plat on se retrouve en plein titanic. Les courants mugissent, les vagues frappent, les yeux tournent. En l'espace de dix minutes, on monte et on descend, l'estomac en premier, comme sur les montagnes russes. Si l'extrême c'est ça un champ de bataille , ça y ressemble bien. Le rédac' chef serait content du spectacle tout autour de nous : des corps lâchés sur les sofas, des regards absents, la liste d'attente pour les premiers secours. On sort lessivés, regards hagards et corps meurtris quand, tout d'un coup, le maelström s'assagit. Il nous faudra plus d'un rhum pour nous remettre de l'émotion. D'ailleurs, ça congestionne au bar. Et quand dans l'après-midi (ras-le-bol du ciré jaune, cette fois je garde ma veste en tweed), on descend en excursion à wulaia bay, là où le capitaine fitzroy avait démarré ses pourparlers avec les autochtones yamana, on a l'impression de marcher sur la lune. Le silence est total, l'air cristallin. Et l'on se surprend à songer à une semaine de camping sauvage ici. Des provisions, quelques bouteilles de bourbon et les livres de chatwin oubliés dans le taxi. Mieux que brokeback mountain. Mais il paraît que c'est interdit. Indd 92 14/11/06 21:18:06 é p o p é e-t e r r e de feu de temps en temps, le tonnerre gronde en sourdine brisant la quiétude immatérielle. L' a v e n u e d e s g l a c i e r s. L e bout du monde à l'aube, l'avenue des glaciers révèle son spectacle imposant sous un voile épais de nuages. Peu à peu le soleil perce tandis que le bateau glisse lentement sur une mer de silence. Du blanc, des rochers enneigés, du monochrome aveuglant. à bord de nos zodiacs, on s'approche des glaciers éternels comme les diamants. De temps en temps, le tonnerre gronde en sourdine brisant la quiétude immatérielle. Des bribes de glace plongent dans la mer, les vagues nous secouent sous le regard indifférent des rapaces marins perchés sur les rochers. Pia glacier s'épanouit sous les reflets éblouissants du soleil qui nous chauffe à présent le visage. Voyage de l'extrême peut-être, mais aussi impeccablement organisé. Nulle part ailleurs qu'ici on goûtera meilleur whisky on the rocks que celui qu'on sirote avec des cubes de glace éternelle flottant dans nos verres. Pour le cuba libre, c'est pareil. La vie à bord hier soir, les deux frangins hollandais nous ont révélé qu'ils venaient de passer trois semaines itinérantes, sac au dos, en patagonie. Avant de regagner leur pays, la croisière sur le via australis, c'est leur treat, leur gâterie pour récupérer de la fatigue accumulée lors de leur parcours en économie de survie. Et sceller leur périple avant le retour, la semaine suivante, aux études et à la vie professionnelle. Il y a aussi dani, un américain aux origines indiennes, toujours souriant, papillonnant de table en table. Pour lui c'est le début de l'aventure : 'j'ai pris trois mois de congé pour visiter le chili et l'argentine. ' en avant-goût de la solitude patagonienne, on le voit braver les vents glacés des glaciers de piloto et nena, puis la boue du sentier au pied du glacier aguila. James, lui, depuis notre départ n'a pas quitté le navire. Il nous regarde un rien voyeur avec ses jumelles. On sait qu'il attend notre retour le soir tombé, un verre de scotch à proximité. Il aurait fallu le récompenser d'un trophée : il était le seul à pouvoir avaler la salade de fruits de mer aux moules native dignes du guinness des records, de la taille d'une main. L'extrême, practically. L' o f f i c i e l v o y a g e q 93 ov6_cap ov6_cap horn. Indd 93 14/11/06 21:18:36. |
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