L'Optimum n°50 - 2002 - Page 88 / 89

L'OPTIMUM n°50 de 2002 / Page 88 / 89

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009

page 1 emem e pacadi le fantôme d'alain pacadis est de retour.

Ce docteur «white flash» & mister «death trip» réapparaît grâce à la réédition de son introuvable et unique opus, «un jeune homme chic ».

Coup de rétro sur le dandy punk.

Par stéphane malterre.

N décembre 1986, les lycéens qui scandent leurs slogans contre la loi devaquet ont la surprise de voir débouler dans leurs rangs un clodo surgi d'on ne sait quel espace-temps, arborant cheveux longs et gras, ray-ban noires et épingle à nourrice accrochée au revers de sa veste.

Une fois tout le monde rossé par les crs, la loque gains- bourienne emmenée sur une civière, s'exclamera : « c'est la meilleure soirée que j'ai passée depuis longtemps et pourtant je n'avais pas de carton d'invitation!» cet ovni, moitié sdf, moitié jet-setteur, n'est autre qu'alain pacadis.

Un junkie qui, depuis dix ans, évoque dans les colonnes de libération, la magie noire du nightclubbing et des avant-gardes souterraines, au travers de chroniques situées quelque part entre les orgies de strass du satiricon et les garçons sauvages de william burroughs.

Surnommé par les mauvaises langues le zitrone de l'un- derground, pacadis suscite la fascination et la détestation de ses contemporains.

Certainement parce que, dans les années soixante-dix quatre-vingt, il a le mauvais goût d'incarner l'agonie des utopies nées sur les barricades de 68 et le déploiement d'une rage de la fête confinant au suicidaire.

Un homme qui - comme le rapportent alexis bernier et françois buot dans lesprit des seventies - n'aura d'autre vocation que d'expérimenter toutes « les névroses modernes ».

« qu'y a-t-il de plus sexy qu'un christ à poil sur une croix?N patti smith.

Pacadis, c'est bien sûr l'avènement du punk, dont il est le premier à se faire l'écho et le chantre, aiguillé il est vrai dès 1972, par le critique rock yves adrien.

Dans un jeune homme chic, carnet de bord de l'année 1977 - année du punk - le dandy ectoplasmique évoque ses rencontres et soirées avec les new york dolls ou les clash, les concerts des sex pistols à londres et des ramones à new york, ou l'émergence d'un courant punk à la française, gavé de valstar, avec les stinky toys (elli medeiros et jacno).

Résumant l'irruption du « no future» à sa façon candide et décadente, il prédit : « nous allons enfin pouvoir montrer au monde nos faces blafardes et nos coeurs de ténèbres.

» pacadis est un pur enfant des sixties.

Etudiant studieux et propret jusqu'à l'âge de vingt ans, c'est après le passage de la tornade 68, et le suicide de sa mère, que se produit le clash et qu'il se « coca-colle » à la vague hippie.

De communautés en route des indes, il entame sa carrière d'errant et de zéro social, mais s'écarte vite des babas et autres militants gauchistes, pour embrasser travestis, héroïne, provoc' et plans destroy.

Le programme est simple : chasser « les panthères électriques ».

Echapper, là, dans l'instant, à l'ennui.

Au fil des ans, le clown trash testera donc tout ce qui brille dans la nuit parisienne : punk, disco, new-wave, « pills », crack, back room.

Et bien sûr le palace - discothèque où naît en 1978 une nouvelle race, celle des branchés ; et où, de barthes à castelbajac en passant par warhol, se mélangent les tribus.

Le chroniqueur, pilier des lieux (il y possède son matelas pneumatique), prendra des accents façon musset pour décrire ces agapes chamarrées : « nous sommes venus trop tard, dans un monde trop vieux.

Aujourd'hui, c'est dans les night-clubs que se construisent les empires, même s'ils sont bâtis sur des chimères.

» 88 « voyez cette silhouette qui s'avance, pareille à la dérive d'un accordéon fou.

Au petit matin, écrivant d'un jet ses trois feuillets, avant de s'effondrer, pacadis invente un style.

Dans ses chroniques, il met sur un même plan stars, ministres, anonymes et déboires intimes.

Mais il invente aussi - involontairement - un personnage insoluble, sorte de « gaston lagaffe hardcore » dormant chez la reine de la nuit anouchka, sur les banquettes d'un ministère ou dans le métro.

Le personnage arrive souvent à ses interviews dans un état proche de l'absence.

Titubant entre questions débiles et frontales, il entamera un entretien avec julien clerc par : « tu vas jouer dans une salle dont j'ai oublié le nom.

» ou lancera à indochine : « votre look compte plus que votre musique.

» envoyé à l'inau- guration du centre d'art de beaubourg, il se contentera de comparer les costards de giscard et de raymond barre.

Pacadis deviendra donc une sorte de célébrité, le seul journaliste de libération ayant acquis le droit d'apparaître, à côté de la star, dans un coin de la photo, comme un pied de nez à la promo.

Pourtant, les relations avec le quotidien sont houleuses.

La présence énigmatique et les articles « futiles » de l'insupportable mister « death trip », ayant le défaut de renvoyer chacun à ses démons et contradictions.

Le 12 décembre 1986, peu après l'épisode des manifs lycéennes, pacadis sera retrouvé mort, étranglé par son petit ami.

Paca, marionnette de « l'algèbre du manque », traqué par le mal être, a-t-il effectivement demandé « à être suicidé », comme son ami le prétend?Certains doutent de cette thèse, argumentant qu'il n'avait pu décider de disparaître, alors que le surlendemain iggy pop venait à paris.

Non, pacadis, aussi désespéré fût-il, n'avait pu envisager de se priver du spectacle de son idole grognant à la manière d'un b52 : «we're night-clubbing, we're what's happening.

» réédition d'un jeune homme chic d'alain pacadis, qui sort le 17 avril aux éditions denoël, avec une préface de thierry ardisson.

L'esprit des seventies d'alexis bernier et françois buot, aux éditions grasset.

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