L'OPTIMUM n°51 de 2002 / Page 26 / 27
TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009
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Jill t' f n-- il ff n ci 1f une sélection polar pour se la couler douce-amère sous toutes les latitudes. De rome à austin en passant par new york et marseille. Autant de trips captivants mais pas de tout repos. Washington sans fart:ls le détective privé derek strange mène sa barque à washington depuis vingt-cinq ans. Derek est noir, tout comme chris wilson, le policier abattu de nuit par un collègue blanc qui ne l'a pas reconnu. L'enquête conclut à une bavure et terry quinn, le fautif, suspendu de ses fonctions. Convaincu de sa bonne foi, derek fait équipe avec terry quinn. Les voilà sur la piste d'une sale histoire de drogue qui révèle le pire de la capitale américaine, confrontés aux préjugés racistes qui pourraient compromettre leur tandem. Blanc comme neige offre une narration dopée à la réflexion, dans la veine d'un social- réalisme où le style ne s'embarrasse pas d'artifices. N'était-ce la démonstration magistrale que seule la soul music adoucit les morts?Blanc comme neige, de george p. Pelecanos, traduit de l'américain par f. Dufaux, éditions de l'olivier, 366 p. Le magazine de l'optimum. Vos sources d'inspiration?George p. Je lis la presse, j'écoute les gens, j'accompagne les flics dans leurs tour- nées de nuit, je me rends à des procès. Pour ce roman, je me suis inspiré d'un fait réel. Dans les années quatre-vingt-dix, les etats-unis ont recruté de nombreux flics sans être très regardants sur leurs com- pétences. On a assisté à des accidents en série. Comme par hasard, le plus souvent les auteurs des bavures étaient des blancs et les victimes des noirs. Le plus important chez mes personnages, c'est ce qu'ils découvrent sur eux-mêmes à la fin. Washington est si mal famé que ça?J'évoque le vrai washington d. , cette partie de la ville dont on ne parle jamais, celle de la middle classe, peuplée à 80 d'afro-américains. On est loin des beaux quartiers où se trouvent le gouver- nement et les banques d'affaires. Moi je ne connais pas la capitale fédérale mais la washington des ouvriers et des gangs, ces quartiers où mon grand-père, immigré grec, faisait la cuisine. C'est l'évolu- tion de cette ville-là depuis les années trente que je raconte dans mes livres. Distributeur des films de john woo, producteur des frères coen : vous avez toujours un pied dans le cinéma?J'ai écrit le scénario de king suckerman que devait réaliser le rappeur puff daddy. Mais il semble que miramax n'aime pas mon adaptation et ne soit plus disposée à produire. Qu'importe, ça m'a fait gagner de l'argent, j'en avais besoin!Et puis, je préfère adapter les romans des autres. 26 i 4aon lut' f r t ,e è 1=1rr n hiver 1947. Histoire de digérer sa rupture avec rita hayworth, orson welles met le cap sur rome pour y interpréter cagliostro, magicien démiurge dans le film de gregory ratoff, black magie. Un tournage qui commence mal par la mort d'un figurant, venu agoniser aux pieds du grand acteur. L'italie est alors aux prises avec des turbulences politiques opposant encore anciens fascistes et communistes. Et welles de se retrouver aux premières loges d'un complot nauséabond où les éminences grises du vatican, le gangster lucky luciano et autres personnages peu recommandables se partagent la vedette. Citizen kane, héros de polar?L'idée est semas, la mise en scène habile et trépidante. L'auteur use à sa guise de son illustre personnage qui trouve dès lors une humanité irrésistible. Sans cesser d'être, comme il le dit lui-même, « une exagération vivante », accru, aux plaisirs de la chair autant qu'à ses pilules amai- grissantes de dexedrine (en clair, des amphètes), tour à tour capricieux, lucide, attendrissant. Black magie, de davide ferrario, traduit de l'italien par s. Bajard, éditions rivages/thriller, 403 p. James crumley nous livre son nouvel opus des aventures de milo milodragovitch, impayable privé, incorrigible alcoolo et redoutable colosse. Mais cette fois, changement de décor : milo a quitté son montana pour suivre betty au texas où il s'est acheté un bar, pour ne pas dire une lessiveuse puisque c'est surtout l'occasion de blanchir le paquet d'argent sale qu'il a récupéré au dernier épisode des serpents de la frontière. Soucieux de ne pas perdre la main, milo s'est mis en tête de retrouver un supposé malfrat, un grand black que les flics rêvent de passer à la chaise électrique, texas oblige. Farouchement opposé à la peine de mort, milo s'engage dans une course contre la montre. Et surtout contre tous les « trouducs » de cet etat où « il y a plus de flingues que de vaches ». Originaire du texas, crumley sait de quoi il parle mais s'interdit de pontifier : sa plume se déchaîne comme de coutume en grossièretés réjouissantes, milo reste une canaille irrésistible, ça canarde et ça baise en rythme. Mieux que dallas!La contrée finale de james crumley, traduit de l'américain par p. Garnier, éditions gallimard/la noire, 410 p. Pierre-laurent dit pilau, dit aussi « l'ascenseur » rapport aux boutons qu'il a sur la tronche (« on se croirait dans un monte-charge »), est un ado rêveur passionné par les jeux vidéo. Rien à voir avec son bourge de père, jean-pierre martin, patron d'un labo pharmaceutique à marseille, féru de brahms et guindé. En l'espace d'une journée, pilau voit son père se métamorphoser en macadam cow-boy de la plus haute volée ; et le paternel de révéler ses talents de flingueur très pro et de conducteur de semi- remorque. Le tout sur fond de trafic d'ogm concoctés par un ingénieur cinghalais au sourire béat. Pour pilau, « c'est le jour des révélations suffocantes » et d'un rodéo urbain haut en couleurs qu'il dest pas prêt d'oublier. Nous non plus, du reste : pour une première incursion chez les friqués marseillais, carrese sait toujours aussi bien illustrer sa théorie du bordel ambiant. A grand renfort de péripéties loufoques et de locutions à l'aïoli des plus goûteuses. Les zygomatiques, eux, sont à la fête plus souvent qu'à leur tour. Conduite accompagnée de philippe carrese, éditions fleuve noir, 220 p. New york by night monty brogan, beau gosse à peine trentenaire, déjà shooté au luxe et aux jolies pépées, s'est fait pincer par la brigade des stups. Ce prince de new york écope de sept ans de prison. Il lui reste vingt-quatre heures avant son incarcération, le temps de s'imprégner une dernière fois de manhattan et d'une soirée d'adieu qui vire au grand déballage, avec ressentiment et règlement de comptes. Ce premier roman du jeune new-yorkais david benioff est une révélation : intrigue originale qui fait allégrement passer de l'hystérie de wall street à la mafia russe de little odessa, avec un détour par les bouges sans âge d'amsterdam avenue. Les é personnages ont du corps, le suspense devient vite 0 oppressant. Pas étonnant que spike lee ait décidé d'adapter très prochainement cet excellent polar. 24 heures avant la nuit de david benioff, traduit de l'américain par b. Cohen, éditions belfond, 281 p. Par nathali feue et uelphine pers chester hirnes ou l'esprit de contradiction dualité, ambivalence voire duplicité. Découragement, cynisme, déracinement et culpabilité. Né en 1909, mort en 1984, himes n'aura de cesse d'écrire sa vie et de vivre ses écrits. Les années d'avant le cycle de harlem (1910-1950) trament un parcours initiatique, dévoyé, épui- sant. Une vie mâtinée de contradiction. Familiale d'abord, entre une mère ambitieuse et enga- gée et un père en proie à l'instabilité. Après une brève incursion à l'université, himes ren- contre la rue, son petit monde interlope et sournois. Les stups, les prostituées, les malfrats. Le jeu, jusqu'à l'excès. L'incapacité à fuir après les larcins. La prison, à dix-neuf ans. L'expérience de sa vie, qui ne fera pourtant que six pages dans son autobiographie ma vie d'absurdité. Du paradoxe à en crever. « rien n'arriva que je n'avais connu » contredit un peu plus loin par ce « il est aberrant de dire que sept ans et demi de sa vie dans l'une des prisons les plus dures du monde n'aura aucun effet sur l'être humain ». « en prison, il étire ses muscles, essaye une nouvelle voix plus grave, prend la mesure de son espace » écrit j. En prison, l'écriture sauve himes des autres et de lui-même. Elle détermine le statut de la vio- lence dans son ouvre. Elle fait de lui un écrivain. Il sort sept ans et demi plus tard, publie un peu, retrouve la rue, épouse jean, se recoltine le manque d'argent, l'absence de reconnais- sance comme auteur, le déracinement. A, les ghettos de harlem à new york. Une ville qu'il aime malgré son incapacité à y vivre. Une dope, infiniment précieuse. Une ville de chair et de mépris. La force du tout, la servitude du rien. La puissance de l'arnaque, la vani- té de l'ambition. Pour himes, les années trente seront dépressives, les années quarante tein- tées d'activisme social ; il fricote avec le pc, sans plus. Associe le combat des noirs à celui des femmes. La contradiction transpire, encore. Le noir américain est d'abord un américain qui hait doublement : son oppresseur et lui-même qui abrite cette peur. Après l'échec com- mercial de la croisade de lee gordon, himes renonce à sa tentative de combiner deux mondes, noir et blanc. Dans les années cinquante, il parcourt l'europe, rencontre duhamel, écrit pour la série noire. Il a honte de publier du policier ; la critique, elle, l'encense. Himes démythifie le genre, met en scène des flics icônes de la culture noire mais agissant avec les méthodes coercitives des blancs. Il s'impose en naturaliste onirique du polar, avec ses villes brutes, ses personnages hyperboliques, sa réalité si peu réelle, son cadencement poétique. Le succès de la reine des pommes calme les plaies d'argent. Bientôt le manque de fric côtoie de nouveau le trop-plein. De femmes et d'alcool. Autodafés ou confes- sions, les écrits de chester himes, l'ombrageux amer, raccrochent définitivement la violence à l'absurdité. « j'ai tenté une expérience, décrire l'idiotie du xxe siècle. Dans la fin d'un primitif, je prends une américaine blanche insatisfaite au point de vue sexuel et un américain noir insatisfait du point de vue social. ) je les fais mariner pen- dant un week-end dans du whisky de bonne qualité. Il en résulte extravagances, bouffonneries, idioties, tragédies ». Himes ou la mort du consensus. Lire l'imposant travail critique de james sallis, chester himes : une vie, traduit de l'américain par e. Cohen-pourriat,éditions rivages/ecrits noirs, postface de michel fabre, 423 pages, 21,95 euros. L'essentiel des ouvres de chester himes est publié chez gallimard. |
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164 pages
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