L'Optimum n°51 - 2002 - Page 94 / 95

L'OPTIMUM n°51 de 2002 / Page 94 / 95

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009

page 1 l'of iiciel ho ih mas troiann le charme de la normalite du bel antonio au vieux casanova, mastroianni a incarné toutes les figures masculines susceptibles d'abolir son image de séducteur.

Une réputation contrefaite, jurait-il.

Cinq après sa mort, l'acteur continue d'incarner une élégance aussi irrésistible que désinvolte.

Moi un séducteur?Vous plaisantez!Les vrais séducteurs ont un grand nez, moi je l'ai petit.

» toute sa vie, marcello mastroianni s'est employé à cultiver l'auto- dérision.

Et à tenter de gommer le stéréotype du « bello ragazzo » qui lui collait à la peau depuis la dolce vita.

C'est pourtant, comme l'acteur n'aura de cesse de le souligner avec drôlerie, parce que fellini recherchait un « visage quelconque» qu'on lui confia le rôle principal de ce film, le préférant pour cette raison à paul newman.

Mais tandis qu'il n'avait jusqu'alors interprété que des chauffeurs de taxi et autres personnages sans grand relief, le jeune marcello se fond avec tant de brio dans le rôle de cet élégant chroniqueur mondain entouré de femmes qu'il ne réussira jamais, malgré tous ses efforts, à s'en défaire vraiment.

Il a beau prendre soin de refuser, dès lors, toutes les prestations où on lui demande d'enfiler un blazer à boutons dorés et d'accumuler, au contraire, toutes celles qui tordent le cou au cliché de joli coeur, rien n'y fait.

Impuissant dans le bel antonio, homosexuel dans une journée particulière, allant même jusqu'à incarner le premier homme enceint de l'histoire du cinéma dans lévénement le plus important depuis que l'homme a marchésur la lune, sans compter tous les films où il campe les cocus, les hommes de robe ou les défroqués, la réputation du beau marcello est à jamais celle d'un tombeur, version riviera.

Et tant pis s'il se préfère en latin loser.

C'est dans le décalage entre ces deux extrêmes que se situe peut-être la juste image de celui qui ne s'aimait qu'en antihéros.

Qui rejetait le statut d'icône pour lui préférer celui d'homme ordinaire, doté du « charme de la normalité » (titre d'un documentaire de la rai qui lui fut consacré).

Et qui ne ratait jamais une occasion de se grimer, de se vieillir et de parodier les séducteurs, comme dans la nuit de varennes où il personnifie un casanova grotesque et décati.

Pourquoi tant d'acharnement contre sa propre image?« j'aurais voulu être clark gable.

Tout gosse, j'ai compris que c'était impossible.

A partir de ce moment, j'ai choisi de séduire par mes faiblesses.

Je me suis déguisé pour m'oublier» confiait-il.

De fait, il endosse tous les costumes : du manteau râpé de camarades au foulard de dandy de divorce à l'italienne en passant par l'uniforme de pilote de la grande bouffe, la panoplie de magicien d'intervista, le pardessus à carreaux de ginger et fred la voilette de lapiculteur, les charentaises de l'ultime lune.

Chimères c'est encore et toujours l'image de mastroianni le magnifique, avec son easy- style et son indolente élégance, riche de cet indéfinissable rien, qui prévaut dans l'imaginaire.

« cary grant, italian style » titrait le magazine time pour le définir.

Tandis que libération, au moment de sa disparition, soulignait son naturel chiadé qui mâtine le costume anglo-saxon nickel avec la désinvolture italo- méditerranéenne.

Et d'ajouter : « tellement sud, tellement brun, comme un flambeur de riviera, comme un gigolo de tanger.

» il n'y avait que mastroianni pour faire un style d'une veste jetée en bandoulière sur l'épaule, il n'y avait que marcello, bien avant gainsbourg, pour élever le mal rasé au climax du chic.

Une déclaration qui lui aurait plu, à lui, ce maestro du charme farceur qui s'amusait à dire : « il y a un moment où les rides commencent à devenir plus belles que les cravates.

» mais qui est parti, pour l'éternité, habillé de sa cravate préférée.

Comme la couleur dont il voyait la vie.

94 les beaux coupés mastroianni, dont la première voiture fut une topolino break, partageait avec fellini la passion des beaux coupés.

Jaguar, maserati, ferrari, porsche, bugatti, alfa romeo, lancia flaminia, cisitolia sont quelques-unes des voitures au volant desquelles on a vu l'acteur.

Qui a aussi possédé une sublime mercedes pagode (2).

Ainsi qu'une rolls royce, dont la légende veut qu'elle ait été la première en italie.

Sans oublier un authentique taxi anglais.

Les cigarettes « un metteur en scène japonais m'a proposé de me faire arrêter de fumer en un quart d'heure.

J'ai mis quarante ans pour fumer trois paquets par jour, et brusquement, en un quart d'heure, je devrais y renoncer?» racon- tait-il souvent, lui qui n'éteignait sa cigarette que pour en rallumer une.

De la marque esportazione pendant longtemps.

Puis des ultrafines avec filtre (5), quand il lui fut recommandé d'arrêter.

Ce à quoi il répondait « moi, si je ne fume pas, je ne respire pas.

» du chapeau à la casquette dans je me souviens, documentaire réalisé par anna maria tato, la dernière compagne de mastroianni (duquel a été tiré l'ouvrage je me souviens, oui, je me souviens, aux éditions calmann-lévy), l'acteur se remémore son premier chapeau, de la marque saratoga.

Ensuite, il en a arboré de tous les genres, allant même jusqu'à oser le béret, une fois ou deux, dans les seventies.

On se souvient bien sûr du chapeau noir qu'il portait dans huit et demi, ainsi que de celui, en tweed écossais, de ginger et fred : tous deux appartenaient à fellini qui, dans ses films, jouait souvent de mastroianni comme d'un miroir en lui faisant endosser ses propres vêtements.

On le vit aussi beaucoup, vers la fin de sa vie, avec un panama blanc, qu'il arborait dans voyage au début du monde de manoel de oliveira.

Ainsi qu'avec une casquette de tweed.

La chemise blanche, presque trop blanche, comme s'en amusèrent les critiques, dans le film la dolce vite.

Bayadère aux plus belles heures du style riviera.

Bleue claire ou à rayures, en lin, en jean ou en popeline, il l'utilise souvent comme « sotto giacca », comprendre comme chemise de ville à porter sous un veston.

Qu'il se fait faire chez les meilleurs chemisiers italiens, style santolmo ou i valentini.

On lui connut aussi un penchant pour les chemises mauves, confec- tionnées par pierre talamon, que lui fit découvrir catherine deneuve.

Les chaussures du mocassin gucci (7) au loafer lobb en passant par les tennis blanches superga sans oublier le soulier signé berluti, il était toujours chaussé en harmonie avec le reste de sa tenue.

Une marque indéniable d'élégance.

L'écharpe paradoxalement, un des accessoires préférés de cet homme du sud, qui affectionnait également les foulards.

L'actrice faye dunaway, avec qui il eut une relation passionnée, se souvient que la première fois qu'elle le vit, il portait un chandail noir et une écharpe assortie.

On retiendra également la grande écharpe rouge portée dans le film ginger et fred, offerte par fellini qui renforçait leur complicité ludique en lui faisant porter ses vêtements fétiches.

Le costume et le smoking le costume, noir ou crème, est un compromis entre la perfection de la facture italienne et la décontraction typique du style de l'acteur.

Idem pour le smoking (6), qu'on lui vit invariablement lors de ses prestations au festival de cannes, notamment lorsqu'il reçut ses prix d'interpréta- tion pour drame de la jalousie et les yeux noirs.

Des créations signées cifonelli ou nino cerruti.

Le pardessus le manteau contribuait à lui donner cette allure si négligemment raffinée dont il jouait avec brio.

Du trench-coat au duffle-coat en passant par le crombie-coat, toutes les variations du pardessus à l'anglaise y sont passées, presque toujours de couleur sombre mais aussi, parfois, à carreaux ou autres motifs géométriques (8).

Sans oublier, dans ses dernières années, le manteau chiné qu'on lui vit très souvent, style francesco smalto.

La cravate noire et étroite au temps de la dolce vita, large et bigarrée durant les seventies, plus discrète ensuite (1), cet adepte de la décontraction raffinée savait endosser la cravate en la dépouillant de son aspect apprêté.

Des cravates yves saint laurent notamment.

Le pull il succomba, au début de sa carrière, à la mode des pulls jacquard avec des cerfs qui se poursuivent!Il marqua également les esprits avec le débardeur en laine porté dans une journée particulière (3), devenu un classique de la mode masculine version intello romain.

On le vit aussi beaucoup dans de gros pulls confortables.

Certains signés agnès b, qui lui confectionna toute sa garde-robe pour le film prêt-à-porter.

Le tricot de corps dit « maglietta ».

Une pièce typiquement italienne, portée sous la chemise.

Et sans rien dessus dans le film l'étranger, sous la direction de visconti.

Les lunettes outre les nombreuses paires de ray ban, l'acteur affectionnait les sferoflex, de la marque luxottica, réputées pour être, avec leurs confortables montures d'écaille, les rolls des lunettes.

La montre on lui vit au poignet toutes sortes de montres de grandes marques.

Mais sa préférée était la swatch, dont il possédait plusieurs modèles.

Un verre de grappa bon vivant, il raffolait des plaisirs de la vie, parmi lesquels le boire et le manger.

Un verre de grappa (4) en fin de repas faisait partie des douceurs qu'il aimait s'offrir.

Quant à ses plats préférés, ils étaient légion, parmi lesquels le « poisson à l'acqua pazza, les involtini, les supplié de riz et autres soupes aux pois chiches ».

Oncle vania 0e tchekhov mastroianni aimait peu lire.

Mais il adorait tchekhov, qu'il joua de nombreuses fois au théâtre.

Il admettait avoir ressenti un réel coup de foudre pour cet auteur : « j'aime ce petit monde étouffé, fait de personnages perdants, toujours, et si plein d'enthousiasme, de rêves, d'illusions » disait celui que l'on surnomma un temps « oncle vania à l'italienne ».

On se souvient de sa superbe prestation dans les yeux noirs de mikhalkov, adapté de la dame au petit chien.

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