L'Optimum n°54 - 2002 - Page 80 / 81

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TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009

page 1 d'aller voir le film, n'expliquant rien.

La critique nécessite du temps.

Le critique est content de discuter de la finalité d'un film, de son propos.

Mais le vrai critique se fait rare.

A cannes, par exemple, endroit où la pression est à son paroxysme, on obtient ainsi d'étranges réactions.

Ce qui explique votre déclaration : « voyez mon film plusieurs fois vous en aurez plusieurs lectures »?Absolument.

Certains films nécessitent plus d'attention que d'autres.

Il en est ainsi pour spider.

Nombre de points sont dévoilés à la fin.

En le revoyant, vous aurez une perception et une compréhension différentes.

Est-ce la même chose pour vous quand vous revoyez votre film?Faire un film implique sa découverte.

Le processus de créativité est très organique.

Quand hitchcock disait qu'il avait tout dans sa tête, qu'aucun accident de parcours ne pouvait rien modifier, qu'aucune collaboration extérieure n'intervenait, c'était juste de l'ego surdimensionné.

Un film est quelque chose de vivant et de ce fait profite, en bien ou en mal, de tout ce qui l'entoure.

Il faut simplement tourner et connaître quelques bons trucs pour accommoder les éventuelles surprises.

Dans la salle de montage ou lors du mixage, vous pouvez tout modifier.

Le processus continue.

Ça ne veut pas dire que je n'avais rien préparé, que tout fut chaotique.

Je veux surprendre, être surpris.

Si un film n'est qu'une machine bien huilée, on échoue.

Aujourd'hui, savez-vous qui est spider?Oui, mais je continue à découvrir des choses sur sa personnalité.

Un film est en fait une sorte de docu- mentaire de ce que vous faites à un moment donné.

En conséquence, il est très dur pour un cinéaste de voir son film avec une totale objectivité.

Et si elle existe parfois, il convient de montrer au public qû elle est indépendante de votre volonté.

En fait, on expérimente son film à travers le regard des spectateurs.

En ce sens, une projection a quelque chose de terrifiant et de fabuleux.

C'est fascinant et redoutable car vous ne pouvez en général plus rien changer.

Alors oui, il est possible de lire dans un film quelque chose que le cinéaste d avait pas vu.

Spider traite de la mémoire.

En faisant des films, est-ce une manière de ne pas laisser votre mémoire tomber en poussière?Il y a du vrai dans ce que vous dites.

C'est pourquoi je ne comprends pas les cinéastes qui font et refont la même chose à chaque film.

Leur ceuvre, si on peut employer ce terme, a quelque chose de mécanique.

J'ai besoin d'aller dans des contrées inexplorées qui me forcent à avoir des pensées différentes.

Il est connu que ceux qui prennent leur retraite meurent souvent peu de temps après.

A une époque, on prétendait que le cerveau ne pouvait continuer à grandir, grossir, faux!Il est possible de renouveler ses neurones.

Sans mémoire, on ri est plus personne?Parfaitement.

La mémoire n'est pas un endroit où l'on stocke ses souvenirs, ses photos, c'est un lieu en constante mutation, évolution.

Un endroit de création qu'il faut sans cesse redéfinir.

Nous transformons quotidiennement notre identité basée sur la mémoire et faisons en sorte qu'il en soit ainsi.

Avez-vous été un enfant heureux?Oui.

J'étais aussi un enfant curieusement avancé, le genre qui aurait aimé avoir une poupée spéciale.

Quand je vois des photos de moi petit, je me demande quelle relation il y a entre moi aujourd'hui et cette personne sur la photo.

Mes souvenirs sont modifiés par un tas d'interférences.

Ma perspective de l'enfance a changé.

Je me souviens être revenu dans les rues de mon enfance après des années et avoir été dérouté par la perspective.

Je me souvenais de tout, mais en bo plus gigantesque.

Lors de la conférence de presse, vous parliez de freud, de kafka.

Diriez- vous que vous êtes, comme eux, un artiste de l'esprit, de la mémoire, ou est- ce prétentieux?Je pense que mon corps et mon esprit sont étroitement liés.

L'un ne va pas sans l'autre.

Aussi je ne crois pas qu'il puisse exister un poète de l'esprit.

En lisant schopenhauer, en réalisant qu'il était un philosophe du corps, contrairement à l'idée reçue, cela m'a surpris.

J'ai été agréablement étonné qu'il insiste sur la primauté du corps.

Il ny a rien dans l'esprit qui ne passe pas par notre corps.

Penser, comme descartes ou kant, que l'esprit est quelque chose d'abstrait, flottant dans le vide, est absurde.

Accepter la théorie de schopenhauer ma pris des dizaines d'années, et artistiquement, je dois avouer que j'arrive à la même conclusion.

Donc, vous êtes plus qu'un philosophe?Oui, une sorte d'athlète.

Essayez-vous à travers tout cela de retrouver une innocence?En me revoyant petit, je ne vois pas l'innocence qui allait avec.

Enfant, j'étais très intéressé par la recherche de la vérité.

Cela n'a pas changé.

Même si cette vérité était changeante.

Je voulais savoir ce qui se passait.

Il ny a pas d'innocence au sens angélique.

Je sentais les choses complexes.

Dans les années cinquante, à l'époque d'eisenhower, tout le monde à toronto voulait que les choses soient bien.

On ne parlait pas de sexe, de violence, tout devait être cool.

Je ne voulais pas d'un tel consensus.

Je savais que l'on me cachait des trucs, c'est pourquoi le rock n'roll fut si important.

Il parlait de choses existantes, palpables et que l'on m'interdisait de voir, de connaître.

Je savais qu'il y avait autre chose.

Le rock fut l'invitation que mon esprit attendait pour me construire.

La vie est complexe, sale, effrayante, et si vous êtes vivant, vous voulez le savoir, vous souhaitez vous y frotter.

L'innocence, au contraire, vous en tient éloigné, elle ne vous permet pas de vous brancher sur l'existence avec toutes ses dérives.

Avez-vous peur parfois de voir où vous conduit votre conscience ou inconscience?Je ne suis pas surpris, plutôt ravi.

Ce qui ne veut pas dire que je ne pourrais pas me faire peur.

Je crois pouvoir le faire, mais la philosophie est une tentative pour essayer de contrôler, de comprendre tout cela.

La plupart des philosophes essaient de dire que tout ce qui a été dit, pensé avant est faux.

Ils tentent de démontrer pourquoi.

Tous font la même chose, simplement quand ils sont très futés, ils peuvent vous surprendre et vous ouvrir les yeux.

Un tas de gens, souvent croyants, avaient peur de l'existentialisme car leur foi en dieu laissant entendre qu'il y un au-delà après la vie en prenait un coup.

Tout cela peut effectivement flanquer la trouille, mais si vous digérez la philosophie et ses diverses approches, si vous parvenez à la comprendre, cela vous protège contre la peur.

Martin scorsese vous a dit pourquoi vos films lui faisaient peur?Il les voit comme une prophétie sur le futur de l'homme, comme une peinture sur la condition humaine, terrifiante pour lui.

Je ne sais pas si le fait qu'il soit catholique ou pas y est pour quelque chose.

Il croit probablement au paradis et à l'enfer.

Moi je montre quelque chose dont je ne suis pas sûr.

Pour essayer de comprendre, encore et encore.

Comme tout le monde, comme spider, je suis en quête d'une identité que je construis petit à petit.

Spider de david cronenberg, avec ralph fiennes, miranda richardson, gabriel byrne, john neville.

Sortie le 13 novembre.

100 sport 100 elegance.

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