L'Optimum n°67 - 2004 - Page 20 / 21

L'OPTIMUM n°67 de 2004 / Page 20 / 21

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009

page 1 musique pj harvey le destin nu c'est le retour de la plus grande dame du rock des années quatre-vingt-dix.

Avec « uh huh her », un nouvel album toujours aussi rock mais cette fois empreint d'une poésie parfaitement assumée.

Rencontre à los angeles.

Par thomas errer photo jan welters l'onde du séisme qui a parcouru le milieu de la musique en 1992 lors de la sortie de dry, premier album de pj harvey, se fait toujours sentir aujourd'hui.

Le monde s'était trouvé, l'impact « politiquement engagé » en moins, sa nouvelle patti smith.

Douze ans après la sortie d'un premier disque qui la fit désigner par le magazine américain rolling stone « meilleure artiste » de l'année, beaucoup d'eau a coulé, de sueur et de musique surtout et toujours sur des sentiers on ne peut plus aventureux, escarpés et singulièrement atypiques.

Tant et si bien qu'il est désormais impossible de ne pas parler d'un « son » harvey comme on évoque un son « nick cavien » (ex-compagnon de route pour l'anec- dote).

Soit une artiste authentique après laquelle courent les radios plus qu'elle ne cherche à leur faire du gringue.

Bref douze ans et six albums plus tard - dont l'avant- dernier storiesfrom the city, storiesfrom the sea sorti en 2000 lui valut le mercury prize et remporta un succès d'estime comme tous les précédents mais aussi un succès populaire - la belle du devon revient après une parenthèse désertique effectuée en 2003 aux côtés de josh homme, le charismatique leader des stones of the stone age, pour ses mythiques desert sessions.

Elle nous offre pour l'occasion ce disque au titre si énigmatique et qui lui ressemble parfaitement uh huh her.

Un titre qui n'était pas encore arrêté lors de notre rencontre à los angeles au chateau marmont.

J'y découvrais une femme emplie d'aménité et de gentillesse alors même qu'on me la décrivait comme une « ingérable » de type vincent gallien (autre ex-compagnon de route, toujours pour l'anecdote.

Du genre à se lever en pleine interview en vous balançant sa vodka tonic en pleine figure.

Rien de tel, au contraire.

Simplement une femme, nue, sans fard ni masque.

Les yeux joliment ouverts et posés sur vous comme une promes- se de paix retrouvée.

Et qui m'avoua au fil de la discussion « qu'il y a toujours ce chaos que je ressens en moi, profondément.

J'ai juste appris à l'apprivoiser, à discerner ses soubre- sauts et ses remous pour mieux les canaliser ».

Tout comme elle se montra d'une franchise déconcertante, à la fois pour une artiste certes mais aussi pour une femme, lorsque je lui demandais, sans trop de tact non plus, pour quelle raison la vieillesse figu- re tout au long des textes de son album comme un spectre naviguant à vue dans les brumes de chansons néanmoins bercées par un humour « omniprésent ».

Et elle de répondre : « simplement parce que j'ai eu trente-cinq ans cette année.

Que je me sens plus vieille, que je deviens vieille.

Que je ne ressens plus mon corps, qui commence à se manifester de manière autonome, de la même façon.

Que ce que je prenais pour un acquis se perd en des zones que je ne connaissais jusqu'alors pas » pour finir par cette très belle phrase totalement improvisée, « tu sais, vieillir, cela demande beaucoup d'humilité ».

Comme il en faut pour écouter ses disques, le dernier inclus bien entendu.

Car face à la beauté pure, éclatante comme une étoile meurtrie, un seul geste prévaut : la révérence.

Pj harvey, uh huh her (island/az/- universal) i cd.

Concert le 23 juin au zénith de paris, le i` juillet au festival de fourvières à lyon et le 3 aux eurockéennes de belfort.

Une tour- née est annoncée pour l'automne prochain.

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