L'Optimum n°76 - 2005 - Page 96 / 97

L'OPTIMUM n°76 de 2005 / Page 96 / 97

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009

page 1 livres ses vrais amis?Peut-être les chats.

Les seuls, en tout cas, dont l'évocation l'anime.

Et l'accepte aussitôt qu'il apprend l'enjeu du pari : une invitation dans un « trois macarons » michelin.

Magnanime, klarsfeld n'en rajoute pas.

Mais complète le tableau : après le singe, il clame sa passion des chats.

Ses vrais amis?Les seuls, en tout cas, dont l'évocation l'anime.

Et de fanfaronner que des langues qu'il parle (allemand, anglais, hébreu, français, russe), c'est de la première apprise qu'il est le plus fier : « le chat!» hon?Hypothèse n°3 : solat c'était un temps où l'apocalypse n'avait pas encore eu lieu.

C'était avant le nine eleven.

Un fringant jeune homme, inscrit à (presque) tous les barreaux de la terre, reçu premier de son concours d'avocat aux etats-unis, rêvas- sait au sommet du rockfeller building.

L'amour, l'aventure, le soleil?On en parlait peu, ou vulgairement, chez lazare.

Solal s'ennuyait.

Trop vieux pour perdre sa vie à la gagner.

Adieu les millions, les primes, les stocks-options et retour à paris.

Aujourd'hui, derrière son bureau violemment directorial, il ricane de lui-même : pas un sou vaillant, pas même propriétaire d'un studio.

Comment fait-il?Réponse du bientôt quadragénaire : « mes parents m'aident un peu.

» c'est le prix quand on claque les portes.

La télévision lui avait ouvert les siennes, en 2oor : chroniqueur chez marc- olivier fogiel.

Première sortie en faveur d'israël.

Au pays de dieudonné, gros scandale.

Lui refuse qu'on lise seulement un com- muniqué d'excuses à l'antenne.

Trop jeune pour faire des concessions.

Et puis, il y eut la dolce vita, la gloriole parisienne.

C'était un temps où ses cartes postales étaient les covers de la presse people, un temps où l'italianissime carla rêvait sur les bords de l'arno, croyant l'animal domp- table.

Las!La beauté muette est devenue chanteuse, celle que les aigris disaient cro- queuse, mère de famille.

Arno, lui, a toujours seize ans.

N'a jamais le bon âge.

Mais, contrairement à celui qu'il incar- nera peut-être à l'écran (négociations en cours), il refuse de se « regarder vivre ».

Quand le héros d'albert cohen meurt, à trente- cinq ans, en se lamentant « d'abandonner ses enfants de la terre », arno fonce, à trente- six ans, contribuer à la sécurité de l'etat juif.

Il n'y a pas de sionisme, il n'y a que des preuves de sionisme.

Autrement dit : garde-frontière.

Rempart de chair contre bombes humaines.

Pas une unité de rigolos.

On y fourgue les nouveaux arri- vants, colosses russes qui fichent la frousse même aux nervis du hamas.

Il y passera dix- huit mois.

Sans faire le jeu des nouveaux bouffeurs de juifs, des traqueurs de « double allégeance », on lui pose la question : en cas de (très improbable!) guerre france-israël, quel camp serait le sien?Il écarquille les yeux : « dans le camp juste!» solal s'affine le nez.

Il pense de nouveau aux filles.

A celles qui ont l' « âge balsamique », l'âge jusqu'auquel, à en croire casanova, leur innocence peut encore déteindre sur vous.

Et le candide goujat de blaguer : «trente ans?Jamais essayé.

Toi, si?» hypothèse n°4 : peter pan les proprios sont sympas, rue de la boétie.

En principe, l'appartement loué aux klarsfeld a pour destination l'habitation.

Dans les faits une théorie de bureaux, à double fond et entrées multiples, une salle de sports virtuelle par la grâce d'arno et, parce que tout le monde le veut bien : une ménagerie.

Combien de quadrupèdes, ici?Mystère.

C'est dans ce cocon, remarquablement filmé par elisabeth citroën (histoire des klarsfeld, 2002), que vaque la « famille énigmatique» (finkielkraut).

Ici, on partage tout : dossiers, cuisine, idéaux et compte commun (chéquier à quatre noms!).

Intituler la prochaine bio- graphie filmée papa, maman, la bonne cause et moi?Non.

Ce serait oublier la cadette : lida - et comment l'oublier, cette joconde retouchée par piero della francesca?« tout de même, ils ont quelque chose d'étrange, de fusionne], c'est pas sain.

Au pro- cès papon, arno plaidait comme s'il avait une oreillette : c'est la créature de son père!» pour un peu, on parlerait de secte.

Arno, comme pseudopode de serge?Junior s'en amuse : « oui, il m'a fait.

Et ma mère tout autant.

Et alors?» l'avocat de charlie hebdo, richard malka, balaye la médisance.

«même ceux qui le détestent reconnaissent que c'est un bosseur.

En faire un pantin n'a aucun sens : en plaidoirie, on ne triche pas!» arno ne cherche pas à jouer la distance avec son géniteur.

Il s'amuse du reste volontiers de leur relation, vous servant, ravi, une anecdote de l'armée un joggeur venant d'être abattu par un sniper dans la vieille ville de jérusalem, serge appelle aussi sec son fils, et pas vrai- ment pour jouer les mères juives!« il m'a dit que ce serait un peu la honte si j'étais assassiné en short.

» n'empêche : une page s'est tournée en 2oor, avec le procès d'aloïs brunner, auquel plaida le triumvirat arno-lida-serge.

Le dernier des grands pro- cès du nazisme.

L'horloge biologique a fait son oeuvre.

Que va-t-elle faire désormais, la famille klarsfeld?« ecrire des livres!» répond papa dans sa maison de campagne.

« plaider », dit lida.

Et arno?Rictus char- mant.

Finir en colette, silencieux en son vieil appartement, sans femme ni enfants, entouré de chats lovés?Il « n'espère pas!» mais admet la difficulté à vieillir.

Allons dis, peter pan : que veux-tu faire quand tu seras grand?« lutter contre la famine, la pauvreté, pour les animaux aussi.

» projets de midi- nette.

Tombe bien : il ne s'entend qu'avec ces êtres-anges.

Le complément fuse : « rester libre!» sans fortune?Soupirs.

Il caresse sa chatte malka.

Lape encore un peu de yoplait fraise.

Et oublie le problème.

Dehors, du soleil sur la frondaison.

Pourtant, celui qu'une ex qualifie d'« autiste », celui qui fait tant songer à l'etranger, tôt ou tard écrira dans son journal : « aujourd'hui, papa et maman sont morts.

Fini l'émulation?La vie « après eux », la vie « sans eux»?Rictus.

Question hors sujet?Réponse sans sujet : « préfère pas y penser.

Car alors qui lui demandera encore : « are you good enough?» israël transit, entretiens avec yves derai, l'archipel, mai 2005.

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