L'OPTIMUM n°77 de 2005 / Page 82 / 83
TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2009
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Ry cooder 77 8/06/05 16:39 page 82 difficiles. Il ne faut pas être trop véhément à l'égard de ceux qui se répètent un peu une fois qu'ils ont trouvé leur public. Après tout, si leur style est bon, cela n'est pas nécessairement désagréable de les entendre se répéter. » wim wenders l'amérique d'aujourd'hui, un jeu vidéo « je ne vois plus les etats-unis du xxie siècle comme un pays, mais comme un jeu vidéo. C'est un grand mall où tout pousse les gens à consommer sans réfléchir. Ils vont dans un centre commercial avec leur téléphone portable, achètent des nike, boivent du café starbucks et finissent au cinéma. La place des cinémas (ndlr : en général au dernier étage de gigantesques centres commerciaux) est d'ailleurs significative de la façon dont cette industrie - et non cet art - est perçue chez nous. Walter hill me le répétait souvent : 'le problème du cinéma, c'est qu'il n'y a plus d'histoires, seulement des stars et des célébrités. ' je me souviens de tous ces moments passés à cuba chez compay segundo. Lui vivait très bien sans ce harcèlement commercialo-médiatique. » richard neutra, frank wilkinson et chavez ravine organisées par la police. Entre-temps, des promoteurs véreux, de mèche avec la mairie, ont décidé de se réapproprier le chantier pour construire le stade des dodgers. On aurait dû voir dans cet incident dramatique les prémices de ce qui allait se passer plus tard. L'amérique est un pays fini aujourd'hui. Les multinationales sont trop impliquées dans le pouvoir. » globalisation « c'est un réalisateur génial. Nous avons fait neuf films ensemble. C'est un personnage hors du temps. Une vraie personnalité qui a réussi à imposer son style. Wim m'a appelé à l'époque où il préparait un film sur dashiell hammett (ndlr : hammett). Il voulait que je lui écrive la musique. Pour des histoires de studio, cela ne s'est pas fait. Quelques années après, le téléphone a sonné : « allô, c'est wim wenders. Je dois aller à cannes présenter un film dans dix jours et j'ai besoin d'une musique pour l'illustrer. » c'était paris, texas. Aujourd'hui, je n'écris plus de bande originale. Les studios n'ont plus besoin de types comme moi. Maintenant, ils ont des superviseurs musicaux qui leur conçoivent de belles compils. C'est moins risqué et, si ça marche, ça leur rapporte beaucoup plus. » « chavez ravine », genèse « ce que j'évoque à propos de l'amérique est valable pour tout l'occident. Karl marx l'avait prédit. L'histoire lui donne raison. La globalisation, je la vois partout, avec les maisons de disques, les grosses compagnies. Je sais que les gens sont de moins en moins cultivés, que moins on leur donne à lire, plus on les nourrit de cheeseburgers et de coca-cola xxl. » fascination pour les vieux musiciens « a la demande du gouvernement roosevelt, les architectes richard neutra et frank wilkinson avaient conçu un plan. Ils avaient l'idée de reconstruire des logements sociaux de qualité à la place des habitations indécentes de chavez ravine. Ils sont allés voir les gens, leur ont expliqué que c'était bien pour eux, ont proposé de donner 5 000 dollars à chaque foyer qui accepterait de se déloger provisoirement en attendant que les nouvelles maisons soient construites. Certains les ont crus, ils étaient de bonne foi. Ceux qui sont restés ont finalement été mis dehors à coups de bulldozer et de descentes musclées « ils justifient 'l'humain'. Pour apprendre, il suffit de s'asseoir avec un vieux joueur de banjo, de le regarder jouer. Etre humble, essayer de percer ses mystères. Bob dylan en est le meilleur exemple. Aujourd'hui, les musiciens ne pensent plus qu'à passer sur mtv et à se déplacer en limousine. » gestion de carrière « je suis différent de la plupart des musiciens. Je pars souvent dans une direction opposée à celle que j'ai explorée précédemment. Réussir en tant que musicien est sans doute l'une des choses les plus « en 2001, le photographe don normark (qui photographia les habitants de chavez en 1949 peu avant qu'ils ne soient délogés) m'a appelé. 'je suis de retour à los angeles. Je cherche à retrouver les gens que j'ai photographiés. ' ces gens-là, malgré les années écoulées, sont restés soudés, et se voient toujours lors d'un pique-nique annuel. 'je voudrais faire un documentaire sur eux', a continué normark. 'et j'aimerais que tu en composes la bande originale. ' en voyant les photos de normark de j'ai fini par me dire qu'il serait bien d'écrire une bandeson de son livre. Je suis allé voir les musiciens de l'époque, ceux qui étaient toujours vivants, pour les inclure au projet. Ils ont accepté, et voilà comment tout a commencé. J'ai mis trois ans et beaucoup d'investissement personnel pour faire aboutir cette oeuvre. J'espère que les gens l'apprécieront, qu'ils n'y verront pas juste un travail musical, mais aussi un témoignage historique. Et j'avoue que si ce disque ne trouve pas son public, il y a de fortes chances pour que j'arrête d'en faire et que je ne joue plus de la musique qu'à titre personnel. » ry cooder, chavez ravine, 1 cd (nonesuch/warner). 82 le magazine de l'optimum. |
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